Imprimer

La mobilité urbaine à pas de géants !

le 15 février 2018.

20180215 Mobilite urbaine

Les nouveaux modes de déplacement fleurissent un peu partout sur les trottoirs des villes. Ils permettent de rejoindre de manière fluide, simple et sans émettre le moindre gaz d’échappement, un point A à un Point B. Ils répondent à la problématique du dernier kilomètre. Le marché encore timide est promis à de très belles perspectives de croissance.

Avec près de 500 000 morts par an en Europe, liés à la pollution de l’air, les modes de transports carbonés représentent un problème majeur, et un enjeu pour les années à venir. La notion de territoire devient alors essentielle. C’est ce qu’ont démontré les intervenants d’Engie, lors de la présentation du CES Unveiled de Paris qui s’est tenu au palais Brogniard, le 24 octobre dernier. Un nouveau concept a été présenté : le B2T : Business to Territory. Les villes représentent 2 % de la surface du globe, mais elles consomment 80 % de l’énergie totale.  Du côté du trafic, les choses ne sont guère mieux, car un automobiliste perd en moyenne dix jours par an dans son véhicule. La mobilité pèse près de 28 % de consommation d’énergie globale, et près de 60 % de consommation de pétrole. Cette dépense n’est à la fois plus tenable, écologiquement, ni économiquement. Voilà sans doute pourquoi, les nouveaux modes de transport représentent une solution d’avenir pour lutter contre la pollution, et fluidifier le trafic.

Un marché en plein essor

La mobilité urbaine a le vent en poupe. Pour preuve, du 20 au 22 octobre se tenait pour la deuxième édition du salon de la mobilité. Cet événement répond à une demande et à l’émergence d’un marché, dont il est encore difficile de définir clairement les contours. Mais la consommation s’avère forte. Il n’y a qu’à observer le nombre de fabricants, estimés à près d’une quarantaine, qui tous, à l’exception de Segway ont moins de cinq ans d’existence. L’an dernier plus de 134 000 vélos électriques ont été vendus en France, soit une progression de l’ordre de 31 %, ce qui revient à l’achat de 367 VAE (vélo d’assistance électrique) en moyenne par jour. Rien que sur ce produit, le chiffre d’affaires a atteint 88 millions d’euros. « Nous avons bien vu émerger tout un ensemble de nouveaux modes de transports, explique Isaac Bouni, le Fondateur de Weebot. C’est à cette occasion que nous avons décidé de lancer notre marque en 2015. L’explosion de ce marché est notamment liée à plusieurs convergences de cause : l’aspect ludique, l’aspect écologique, et aussi l’aspect très pratique pour réaliser les derniers kilomètres. En moyenne, 50 % des salariés font neuf kilomètres par jour. Il est donc possible de leur rendre la vie plus agréable avec ces nouveaux produits ». Depuis trois ans un gros travail de recherche a été conduit par plusieurs fabricants pour alléger les produits. Vélo, Gyropod, monoroue, ou hoverboard ont donc été contraints à une cure d’amaigrissement.

Les produits en vogue… et ceux qui le sont moins

D’un fabricant à l’autre, les analyses divergent quant à la pérennité des produits en fonction des marchés. « Selon moi, explique Brice Masseix, Fondateur de Gyrotech, la monoroue risque de perdre en popularité, car elle n’est pas simple d’utilisation, et les risques d’accident sont plus importants qu’avec les autres modes de déplacement. L’Hoverboard connait un fort succès auprès des populations jeunes, mais il est davantage assimilé à un jouet qu’à un véritable mode de transport ». Un constat partagé chez Eco-riders. « L’hoverboard risque en effet de connaitre quelques problèmes de développement, note Emmanuel Proust, ce qui n’est peut-être pas le cas de la monoroue ». Chez Weebot, c’est justement grâce à ces deux produits que les résultats sont venus. « Pendant les six premiers mois, nous avons développé l’Hoverboard, puis la monoroue. Chaque produit a son propre marché. Quant à l’avenir de ces produits j’émets des doutes. Ils pourraient être concurrencés par des trottinettes, ou des vélos, mais cela reste encore à découvrir, car nous ne pouvons pas nous projeter encore vers l’avenir », note Isaac Bouni, le Fondateur de Weebot. La trottinette et la bicyclette électrique font l’unanimité en revanche. « Je crois vraiment à ces produits, précise Anthony Taïeb, Co-fondateur de MoovWay. Quant à l’hoverboard, cela fait plusieurs années que nous prédisons sa mort. Pourtant les prix baissent, et je crois qu’il continuera à exister ». Avec ces nouveaux modes de déplacements, les fabricants touchent tous les secteurs. Ces produits sont promis à un très bel avenir.

Des produits grand public…

Les monoroues, Gyropod, skate-board électrique ou encore hoverboard viennent principalement de Chine. Mais chaque fabricant vise un quartile bien précis. « Notre crédo, lance Issac Bouni, le haut de gamme. Nous modifions tous les produits que nous importons pour les équiper des composants dernières générations ». Un Segment également occupé par Segway, l’américain. « Certes ces produits n’ont pas encore atteint leur rythme de croisière, mais ils s’avèrent malgré tout très rentables. Chez Segway, nous avons lancé le gyropode en 2000. Nous avons une grande expertise en la matière, d’autant que nous avons d’abord occupé le segment professionnel, précise Eric Saporta, Directeur commercial chez Segway. Même si à l’achat, les produits représentent un cout, je rappelle que comparativement à un appareil thermique, il n’y a aucun entretien à réaliser. Il ne coute que le prix d’achat, car il n’y a aucun entretien à faire ».
Boulanger, Darty, Cdiscount et les autres sites proposent de plus en plus de produits de ce type. Mais pour gagner la confiance de ces distributeurs, les fabricants ont dû redoubler d’efforts pour y parvenir. « Nous avons dû proposer un bon SAV et aussi répondre à tout un ensemble de questions, et de réglementations pour être présents chez Cdiscount. Nos gammes se situent sur le troisième quartile », précise Anthony Taïeb de chez MoovWay. Certains industriels ont d’ailleurs développé leur propre réseau de distribution sur internet, mais aussi en boutique intégrée à leur marque. « Nous avons ainsi une plus grande visibilité et crédibilité à le faire, car nos clients reconnaissent qu’ils ont ainsi un bon suivi en cas de panne. L’entrée dans les GSS dépend aussi de la qualité de nos produits, et nous y veillons », explique Isaac Bouni. Gyrotech quant à lui s’est positionné sur un autre segment, celui de l’entrée de gamme.

…et de niches

« Afin d’élargir nos canaux de distribution, nous réfléchissons à de nouveaux produits, explique Bruno Masseix. Aussi avons-nous songé à lancer des produits à destination des agriculteurs ou des golfeurs pour leur faciliter leurs déplacements sur leur lieu de travail ou de loisir ». Mais les occasions de développement ne manquent pas. Au Canada par exemple certains déménageurs ont eu recours à des vélos pour organiser un déménagement. La Poste ou encore des livreurs peuvent aussi avoir recours à ce type de véhicules. Mais des professions libérales songent aussi pour de petits déplacements à avoir recours à cette façon de bouger. Segway a, par exemple, équipé la police municipale de Nice. « Nous avons tendance à l’oublier, mais originellement le Gyropod a été créé pour permettre aux personnes à mobilité réduite de pouvoir se déplacer sans peine. Contrairement à une idée reçue, il est très simple d’utiliser nos gyropodes, le blocage est souvent dans la tête », explique Eric Saporta, de chez Segway. Mais le territoire de ces appareils reste encore à bien définir.

Le territoire et la législation

L’aménagement des villes devra être revu. Un grand nombre de maires de par le monde en ont pris conscience et ils tirent la sonnette d’alarme sur les besoins nécessaires de changer la physionomie de leur agglomération. Pour ce faire, il faut les y aider. C’est tout l’enjeu des débats qui ont lieu autour de la Smartcity et auquel les fabricants de nouveaux modes de transports participent. D’ailleurs, l’Etat, ou les villes versent une aide à quiconque investirait dans un de ces modes de déplacement. Les primes peuvent aller de 200 à 400 euros. Cette aide incite à ne plus utiliser des véhicules à énergie carbonée.
Pour le moment la législation édicte que les nouveaux modes de transports doivent circuler sur les trottoirs, et les partager avec les piétons. Une règle somme toute assez logique, car les trottinettes, gyropodes, et autres hoverboard ne sont pas suffisamment sécurisés pour emprunter les routes au même titre que les voitures, scooters et motos. En revanche, les utilisateurs de ces appareils de déplacement doivent adapter leur vitesse. Mais aucune limite de vitesse n’est précisée. Selon la loi, elle doit simplement être adaptée au lieu de circulation, soit aux alentours de 6 km/h. En cas de dépassement de 25 km/h, ces appareils doivent faire l’objet d’un enregistrement auprès du ministère de l’Intérieur. Et bien évidemment, il n’est pas autorisé de circuler sur un trottoir compte tenu de la vitesse. Tout engin dépassant les 25 km/h oblige les utilisateurs à porter un casque, et s’équiper de lumière, et d’une sonnette. Mais en raison du succès de ces nouveaux modes de transport, le marché pourrait bien accélérer le processus d’encadrement juridique, afin de définir plus clairement les conditions de circulation à bord ou sur ces engins. Nécessité fait loi.•