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World Economic Forum : Le WEF sous le coup d’une OPA chinoise

Écrit par Renaud Parquet le 19 février 2018. Rubrique France

20180219 World Economic Forum

La France a du talent et elle tente de le montrer au monde entier. Angers accueillait du 24 au 29 octobre derniers le World Economic Forum, qui réunit tous les grands syndicats des industriels de l’électronique et des objets connectés. Un événement itinérant dans le monde qui sera organisé l’an prochain en Chine. Confortique vous livre les grandes tendances de ce raout international, un peu à part.

C’est dans un lieu de l’histoire française que le WEF s’est tenu. L’abbaye de Fontevraud. Un lieu historique qui au cours de son évolution fut tour à tour, abbaye, puis prison, et aujourd’hui un lieu touristique. Mais au fil des siècles, ce monument mastodonte a pu concentrer toutes les formes de pouvoir : royaux, ecclésiastique, politique, financier, social, sociétal, juridique, symbolique. Un clin d’œil à ce qui a pu se produire durant une journée. Le WEF s’est donc tenu dans ce haut lieu. Durant une après-midi, des représentants de délégation majoritairement européenne, asiatique, africaine et indienne ont présenté des bilans économiques et des perspectives sur les marchés à venir, et l’économie du futur. Une chose est sûre, le monde d’aujourd’hui connait une grande mutation portée par les promesses de l’intelligence artificielle, les données, et la réalité augmentée. Elles sont les piliers de l’avenir. Habituellement, un vote a lieu à la fin de chaque session, pour désigner la prochaine ville candidate à l’accueil du WEF. Autant que faire se peut, cela change de continent chaque année. Or cette année, curieusement, le vote n’a pas eu lieu. La décision s’est prise au pupitre. La Chine s’est portée candidate. Dans l’assistance peu ont voulu ou eu le temps de réagir, que l’acte était scellé. Cette décision fut appuyée par l’honorable Professeur NK Goya, Président du CMAI d’Inde, un syndicat d’électronique. « Je n’ai vu personne se proposer, explique-t-il. La Chine est un grand pays, elle mérite aussi d’accueillir le WEF. Les délégués chinois le souhaitaient, je les ai soutenus ». Mais déjà des voix bruissaient dans le cloitre à la sortie de la conférence. Un coup d’état sans coup d’éclat. Ce pourrait être le titre de ce mélodrame économique. Car certains experts voyaient dans cet appui un habile coup stratégique de la Chine. « Venus nombreux, ils ont voulu attester de leur puissance, et en récupérant le WEF, ils pourraient bien ne plus le laisser itinérant », s’inquiètent quelques-uns d’entre eux sous couvert d’anonymat.

A la musique chinoise

La croissance économique chinoise n’est certes plus aussi puissante qu’elle ne l’a été. Pour autant, elle reste à un niveau fort élevé au regard des taux européens, puisqu’elle tourne à 6,7 % l’an dernier. Côté développement de technologie, là encore elle montre les muscles. « La Chine détient le plus fort taux de digitalisation, explique Stéphane Monsallier, Directeur de System In Motion, un cabinet d’experts. Une entreprise chinoise a par exemple réalisé un chiffre d’affaires de deux milliards d’euros en un an, avec des vélos que l’on peut laisser dans la rue, n’importe où, et que l’on débloque avec un smartphone ». Il est aisé de voir que la Chine est également confrontée à un taux de pollution bien supérieur aux pays européens, et cherche des alternatives à la consommation d’énergie carbonée. Le nombre de consommateurs étant le plus grand de la planète, les entreprises peuvent à l’échelle mondiale connaitre des développements fulgurants. Le paiement par smartphone, le QRcode, pour trouver des amis sur les réseaux sociaux, etc., etc., la Chine va vite et elle le fait savoir. Lors de la présentation des plans, par l’ensemble des délégués chinois, nul n’a manqué le développement du Yi dai Yilu. Il s’agit de la ligne ferroviaire qui relie les bords maritimes du pays à l’intérieur jusqu’à la Russie. Avec ce nouveau moyen de rejoindre l’Europe, les voies maritimes bien trop longues pourraient à l’avenir être concurrencées. Certes, le transport s’avère un peu plus cher, mais il ne dure qu’une semaine contre un mois par la mer. Un gain de temps incroyable pour un pays qui peine encore à écouler sa production comme elle le souhaiterait. L’Europe pourrait alors bien voir des quantités astronomiques de produits chinois envahir le marché. La compétition commerciale ne semble que commencer.•