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CES Las Vegas 2019 : Vers un combat de titans

Écrit par Philippe Méchin le 3 avril 2019. Rubrique Etats-Unis

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Certes ce fut une fois de plus la foule des grands jours et comme d’habitude, les visiteurs se sont bousculés dans un joyeux désordre à la découverte des nouveautés et innovations éparpillées sur les divers sites de ce salon pas comme les autres. Pourtant derrière cette ambiance bien particulière, le fameux CES de Las Vegas, s’est tenu sur fond de conflit américano-chinois lourd de menaces pour l’équilibre économique mondial. Si la capitale du jeu reste le grand rendez-vous planétaire de l’électronique grand public, il n’en reste pas moins vrai que tout n’est pas rose dans un domaine ou tous les coups sont permis.

En effet la guerre commerciale, puisqu’il faut bien l’appeler ainsi engagée par le président américain se joue quasi essentiellement dans le domaine des hautes technologies lesquelles décideront de la physionomie et de l’avenir du siècle présent et futur. L’enjeu central de ce conflit qui ne cesse d’enfler se nomme 5G.Contrairement à la 4G, cette redoutable découverte s’accompagne d’une mutation technologique déterminante. Il faut bien comprendre qu’elle permet la transmission immédiate sans interruption des données, condition sine qua non au fonctionnement de l’intelligence artificielle. Sont donc concernés absolument tous les secteurs qui commanderont notre vie future. Citons pêle-mêle, sans hiérarchie spécifique, tant leur importance est essentielle, l’internet des objets, les véhicules autonomes, la médecine et les soins, l’enseignement à distance, les drones, voire même le transport aérien, et plus terrible encore, la robotisation des champs de bataille, comme le prophétise l’excellent économiste Nicolas Baverez qui ne cesse d’alerter le monde dans ses nombreux éditoriaux et articles, tout en citant nommément l’ennemi, à savoir le géant chinois Huawei. Il faut croire qu’il a été entendu, puisqu’après les mesures de rétorsion prises par les Américains, de nombreux pays occidentaux ont enfin réalisé la mesure du danger et pris des décisions destinées à freiner la montée en puissance de ce colosse dont les pieds ne sont surtout pas d’argile.
Toujours est-il qu’à l’exemple de l’Angleterre, qui dominait le monde au XIXe siècle grâce au contrôle des mers et par conséquent les échanges commerciaux planétaires, il est d’ores et déjà acquis que le pays qui aura la maîtrise de la 5G, dirigera le monde, ni plus ni moins. Avec cette arme redoutable, il pourra connaître, détourner, voire siphonner les données, et pire les détruire ou interrompre à tout moment leur transmission. La réalité est doc d’ores et déjà prête à dépasser la fiction. Huxley et consorts qui ont annoncé à leur façon cette apocalypse en devenir avaient donc quelque part raison.

La menace Huawei

Dans cette bataille de titans qui s’annonce entre les USA, voire l’Europe si elle prend la réelle mesure du danger imminent, et la Chine, l’ennemi à abattre du côté des démocraties occidentales a un nom. Il s’appelle Huawei. L’entreprise de l’empire du Milieu est devenue en même temps le symbole et l’enjeu d’une guerre technologique totale à laquelle se livrent les deux premières puissances mondiales. Il faut comprendre qu’en une seule petite décennie, le groupe créé par un ancien ingénieur de l’armée chinoise, s’est hissé au deuxième rang dans le marché des smartphones, derrière Samsung mais devant Apple, clairement en perte de vitesse, grâce notamment à des dépenses pharaoniques en termes de recherche et développement. Celles-ci atteignent le chiffre démentiel de presque 14 milliards de dollars par an ! Oui vous avez bien lu ! Ainsi avec de tels moyens, l’entreprise s’est hissée au sommet mondial de la technologie, constituant le plus bel exemple de réussite planétaire d’un acteur du complexe militaro-industriel, ce qui montre bien l’ampleur de l’enjeu et de la guerre totale qui s’annonce. Pour atteindre un tel niveau de puissance, il ne faut surtout pas oublier que Huawei a profité pleinement de l’appui des autorités gouvernementales, avec des procédés loin d’être orthodoxes comme le pillage technologique des concurrents, un protectionnisme absolu sur le marché national, malgré les accords de libre-échange, et un appui total des exportations de la part de l’état via le soutien de la banque de Chine à destination du développement des fameuses nouvelles routes de la soie. Sans oublier non plus que Huawei se trouve impliqué dans le programme de surveillance numérique de la population chinoise par le système de crédit social, ce qui lui permet de collaborer totalement avec le système sécuritaire du pays.

Riposte américaine

La réponse américaine s’inscrit dans une riposte à la hauteur de ce défi stratégique. Les Etats-Unis veulent empêcher à tout prix la technologie chinoise d’accéder à certains composants essentiels, en particulier les semi-conducteurs. Ainsi excluent-ils Huawei des appels d’offres lancés par les pays alliés ou supposés comme tels, en pratiquant la politique des menaces commerciales, ce qui eu pour effet d’être suivi par de nombreux pays, comme le Royaume-Uni, le Canada, l’Australie, et même plus récemment l’Allemagne. L’objectif américain est donc clair. Il s’agit à tout prix d’empêcher la Chine de posséder l’hégémonie technologique via Huawei et les conséquences terribles qui pourraient en découler. Malheureusement cette ambition est freinée par l’absence d’acteurs d’envergure compétitifs dans la 5G, conséquence d’une instabilité politique dans le pays donc d’une volonté commune. Dans ce contexte, l’Europe a donc quelque part un rôle à jouer avec ses champions des télécommunications comme Alcatel, Ericsson ou encore Nokia, mais elle manque clairement d’une véritable stratégie qui passe par une vérification stricte des prises de contrôle d’actifs numériques par des investisseurs chinois, et surtout un soutien massif aux grands acteurs du secteur notamment Nokia et Ericsson, afin d’éviter tout retard technologique, potentiellement mortel pour nos démocraties face à un Empire du Milieu qui imposerait une domination sans pitié sur nos libertés, via l’alliance du capitalisme totalitaire et de l’intelligence artificielle. Aussi est-il urgent de répondre au défi chinois symbolisé par la domination de Huawei. En cas d’échec, reste quand même un espoir. La Chine n’a pas non plus vraiment l’intention de détruire le monde, mais la volonté de retrouver sa place de première puissance économique mondiale, qu’elle a possédée durant des siècles. Il est donc bien normal qu’elle souhaite retrouver son rang. Et puis il est temps aussi de calmer les ardeurs américaines, pas animées non plus des meilleures intentions. Quoi qu’il en soit ; voilà donc la planète engagée dans une compétition impitoyable. Que le meilleur gagne mais dans le respect de l’humanité.

Un autre combat, non moins féroce

Au-delà de ces affrontements sans pitié, se déroule une autre bataille d’envergure où s’affrontent de sacrés poids lourds. Elle est de plus en plus féroce à mesure que le monde évolue dans une connectivité que rien ne semble arrêter. L’internet des objets est devenu un phénomène qui ne cesse de se banaliser, à tel point que l’innovation ne nous étonne plus guère. Attention à ce phénomène de banalisation à long terme. Néanmoins, il n’en reste pas moins vrai qu’une découverte vraiment innovante continue à susciter la curiosité du consommateur. A cet effet, force est de constater que les assistants vocaux sont les nouvelles stars du marché de l’électronique grand public. C’est une fois encore les entreprises américaines qui ramassent la mise. Conjugués au développement de l’intelligence artificielle, ces fameux assistants permettent de simplifier l’accès à Internet et de piloter les objets de notre vie courante. C’est Amazon qui semble tenir la corde, avec Alexa, dont l’accouchement ne s’est cependant pas opéré sans douleur. Ainsi a-t-il fallu plus de 4 ans pour que la célèbre marque américaine parvienne à la lancer sur le marché français, en raison de la complexité de notre langue, avec ses subtilités, ses homonymes et ses accents, malgré les quelque 10 000 personnes employées dans le monde à son développement multilingue. Toujours est-il que le leader est talonné par un autre acteur d’envergure, et non des moindres, puisqu’il s’agit de Google. Les deux marques semblent d’ailleurs dominer le marché puisque même Apple a du mal à trouver une place au soleil. Samsung essaie lui aussi d’imposer le sien, nommé Bixby, tout en repoussant de mois en mois la version française. Face à ces géants, d’autres protagonistes tentent de s’introduire dans le jeu, à l’instar d’Orange qui s’est allié à Deutsche Telekom, afin de développer une solution européenne, pour cependant intégrer une partie des services d’Amazon pour plus d’efficacité… Des start-ups françaises développent également leurs propres outils, à l’exemple du Français SNIPS. Il n’en reste pas moins vrai que les américains font très largement la course en tête. Et les chinois, pensez-vous ? Pour l’instant, ils possèdent leurs propres solutions destinées à leur marché intérieur riche de centaines de millions d’utilisateurs.

Pour qui, pour quoi ?

Voilà donc l’état des lieux en ce qui concerne les principaux acteurs du marché. Mais quid de l’intérêt de ces assistants vocaux pour le consommateur ? Si d’aucuns les considèrent comme inutiles, il ne faut pas oublier que l’on disait la même chose à propos des smartphones il y a quelques années. On connaît la suite… Il semble pourtant qu’ils soient amenés à prendre le même chemin. Popularisés par les enceintes connectées, ils se nichent désormais dans n’importe quel objet ainsi doté, à l’exemple des lampes, des réfrigérateurs, des téléviseurs sans oublier les smartphones, ou les PC, pilotables à la voix. Plus il y aura d’appareils compatibles, plus il sera possible d’utiliser une commande vocale pour tous les gestes du quotidien. Tout ceci aura bien évidemment des conséquences sur le plan industriel. Fini, les interrupteurs, les écrans tactiles. Il est ainsi possible d’utiliser tous les objets de la maison sans toucher un seul bouton. A titre d’exemple, quel bonheur de mettre une climatisation à température ambiante sur simple demande ! Ce nouvel accès de fièvre technologique va donc très certainement bouleverser bien des habitudes. Les fonctions d’accueil sont les premières concernées avec le développement conjoint de la robotique, des objets connectés. La voix, cette interface naturelle permettra au plus grand nombre l’accès aux assistants vocaux très simples d’utilisation. Pas besoin de savoir lire ou écrire pour interagir. Mieux ou pire encore, la voix pourra se transformer en outil de reconnaissance biométrique. Les services clients des grandes entreprises se sont d’ailleurs d’ores et déjà emparés du sujet via des robots appelés chatbots capables de répondre à des questions simples. Plus d’humains au bout du fil mais des machines capables de dialoguer grâce à l’intelligence artificielle. Certes nous n’en sommes qu’aux débuts de cette nouvelle ère, mais il est certain que des pans entiers de l’économie seront bousculés, à commencer par les centres d’appel.
Il est donc évident que tout ce qui touche à la maison sera impliqué au premier chef. C’est surtout dans nos appareils électroménagers, équipements de confort, mais également tout ce qui concerne dans notre consommation d’énergie que ces nouveaux produits feront partie intégrante de notre quotidien. Les entreprises françaises commencent à se positionner sur ce secteur, dont certaines avec beaucoup d’à-propos. Il reste cependant pas mal de chemin à parcourir, tant il est vrai que nous avons pris un certain retard. Pas mal de start-ups connaissent des difficultés, en raison d’un manque chronique de financement et d’un nombre trop restreint de business angels.

Une offre foisonnante

Au delà de ces deux sujets que nous considérons comme majeurs, que penser de l’offre globale proposée par l’édition 2019 de ce CES, lequel constitue toujours quoiqu’il arrive un évènement qui dépasse de loin son positionnement de salon professionnel, pour devenir une rencontre avec le grand public. IL faut dire que sa couverture médiatique considérable contribue grandement à sa renommée mondiale et à sa réputation de laboratoire d’anticipation de ce que sera notre vie dans les années à venir. Il va donc sans dire que tout ce qui se prétend High Tech, veut exposer sur cette gigantesque vitrine. Par conséquent le salon balaie large, très large. Tant et si bien qu’il part un peu dans tous les sens. De la énième application de base, jusqu’aux découvertes les plus avancées dans le domaine de l’intelligence artificielle, chaque fabricant a une bonne raison de vouloir exposer ses nouveautés et innovations, quel que soit le produit, quelle que soit sa taille. IL est vrai qu’avec 1 200 start-ups, cela fait beaucoup de monde, sans compter les PME du secteur qui ne revendiquent pas cette appellation, mais dont le niveau d’innovation de certaines d’entre elles n’a rien à leur envier. Tout ceci fait que le CES est aujourd’hui l’une des plus belles, voire la plus belle concentration d’inventions au monde, des plus loufoques et dieu sait s’il y en avait encore cette année, aux plus sophistiquées, aux plus avant-gardistes. Le salon est également devenu une place de rencontres d’affaires et d’échanges commerciaux où se sont croisé cette année les constructeurs et industriels de tous types, y compris automobiles, très remarqués d’ailleurs, les fournisseurs de contenus, l’univers des télécommunications dans le sens le plus large du terme, la distribution. L’autre particularité du salon, c’est que celui-ci couvre aussi la chaine de valeur des technologies grand public. Aussi, un tiers des visiteurs fait partie des sociétés exposantes. Ils viennent y mener leur veille concurrentielle et faire leurs emplettes de composants logiciels et matériels qui intégreront leurs solutions. Toujours est-il qu’arpenter le CES est une expérience exceptionnelle à bien des égards. Le visiteur est submergé par une avalanche de produits de toutes sortes éparpillés dans un labyrinthe colossal de halls, de surfaces d’expositions qui s’étalent jusque dans les couloirs des grands hôtels. L’offre est donc foisonnante, c’est un euphémisme que de l’affirmer. Toutefois dans ce déluge de produits, il faut bien savoir, les copies font flores. En effet, un produit innovant une année se retrouve très vite répliqué les années suivantes par les chinois, si d’aventure le marché sur lequel il se positionne ne fait que simplement frémir. Le CES, c’est aussi une fameuse école d’apprentissage des néologismes et acronymes du métier, comme le C-V2X, WIFI ax et autres nouveaux termes dont nous ne soupçonnions même pas l’existence en arrivant sur les lieux.
5G+ Intelligence artificielle+voiture autonome, le tiercé gagnant
Bien évidemment et sans surprise, les vedettes sont les objets connectés. On en arrive même à se demander ceux qui ne le sont pas. Même si ces derniers sont équipés de technologies éminemment respectables, ils deviennent souvent vite obsolètes dans cette course sans fin à la nouveauté. Etaient également fort bien représentées les créations de contenus numériques (vidéo, photo, audio), la micro-informatique et ses accessoires, l’impression 3D, et les jeux. Il va sans dire qu’étaient aussi très présents les très nombreux fournisseurs de technologies entrant dans la composition de ces produits grand public sans oublier la très riche actualité des composants électroniques incorporés dans ces mêmes produits : chipsets, mémoire, stockage, connectivité, capteurs photo et vidéo, écrans et interfaces utilisateurs. Enfin, le CES ne serait pas ce qu’il est, sans la bimbeloterie, majoritairement venue d’Asie, même s’il est à noter une légère tendance à la décrue. La raison la plus évidente est qu’en raison des tensions qui règnent entre les USA et la Chine, il est plus que probable que nombre de ces petites entreprises de l’Empire du Milieu ont jugé prudent de ne pas faire le déplacement.
Voilà donc pour l’environnement produit, sans surprise quant à sa répartition et sa structure. Beaucoup plus intéressantes furent les tendances et évolutions, dont nous avons tenté d’établir une liste de celles qui ont marqué cette édition 2019, laquelle s’est déroulée comme nous l’avons vu dans un climat de grandes tensions commerciales.
A tout seigneur, tout honneur, et sans surprise, l’intelligence artificielle fut omniprésente, depuis la commande vocale comme vous avez pu le lire plus haut, en passant par la reconnaissance, le traitement de l’image et du son, ou l’exploitation de données diverses issues de capteurs. Elle est également dans les composants électroniques avec la vague de déports vers les objets connectés, dont l’un des atouts est de préserver un peu mieux notre vie privée.
A noter également, la poursuite des investissements des équipementiers télécoms, afin de préparer les déploiements de la 5G, avec les dangers et les conséquences que l’on connaît suite à l’offensive Huawei, sur laquelle nous nous sommes déjà largement étendus.
Les équipementiers et constructeurs automobiles ont plus que brillé sur ce salon, en démontrant tout leur savoir-faire technologique afin d’améliorer l’expérience du conducteur mais aussi des passagers et mieux nous préparer progressivement à l’avènement des véhicules autonomes. Leur présence était si conséquente que nous avions l’impression de visiter un salon de l’auto. Toujours est-il qu’installés sur la quasi-totalité du hall nord, ils n’ont pas manqué d’impressionner par leur maîtrise.
Dans un registre bien différent, la santé et le bien-être occupent une place toujours plus importante dans nos vies. C’était d’ailleurs le thème principal des exposants français. Il est désormais possible de tout mesurer, tout enregistrer. A signaler une montée en puissance des capteurs d’électrocardiogrammes et de l’activité cérébrale ! Les produits présentés prennent en charge tous les âges depuis les bébés jusqu’aux seniors, sans oublier tous les moments intermédiaires de la vie. Quoi qu’il en soit, le secteur explose puisqu’il couvrait 25 % d’exposants supplémentaires par rapport à l’an passé. Même des géants comme Apple s’intéressent à ce marché, puisque la dernière édition de l’Apple Watch, dont le succès est jusqu’à présent mitigé, est désormais vendue avec un électrocardiogramme. Deviendrions-nous tous hypocondriaques ? Tout le laisse à penser.
Et que dire de la thématique de la résilience promue par les organisateurs eux-mêmes ? Regroupant au départ les moyens de s’adapter aux catastrophes naturelles, elle intègre dans sa pratique divers thèmes comme la cyber sécurité, la protection des données privées, les questions énergétiques environnementales et sociétales.
Comment nous plus ne pas citer les constructeurs de TV qui connaissent bien des difficultés depuis quelques années. Ils ne ne baissent pas les bras, bien contraire puisqu’ils vont toujours plus loin, en lançant la 8K, alors que la 4K n’est toujours pas vraiment entrée dans les foyers. Vont-ils trop loin dans cette course à la résolution et la taille de l’écran ? Il est permis de se poser la question.
Passons sur les quelques avancés techniques enregistrés dans le domaine de la réalité virtuelle ou augmentée, sans pour autant s’extasier. Il y avait bien plus matière à intérêt dans le domaine de la Blockchain, grâce à l’émergence de start-ups présentes dans des domaines très divers. Il est clair que le signal devient de plus en plus fort.
Pour le reste et comme nous l’avons vu plus haut, les maisons connectées sont de plus en plus pilotées par la voix. Les fabricants proposaient » des expériences utilisateurs », via la mise en scène de produits dans un décor qui ressemblait (de loin) à un intérieur de maison. Les smartphones deviennent de plus en plus puissants dans un marché qui patine. Le mobile pliable proposé par Samsung, très vite challengé par l’inévitable Huawei et d’autres chinois inconnus du grand public, va-t-il relancer le marché ? Aux prix auxquels ils sont vendus, ces bijoux technologiques nous laissent quelque peu sceptiques. Il est urgent d’attendre que les tarifs astronomiques baissent… Revenons également sur le phénomène des commandes vocales qui tendent à se généraliser dans la maison connectée et dans l’électronique grand public. Comme nous l’avons constaté, et longuement expliqué plus haut dans ces colonnes Amazon avec Alexa et Google avec son Google assistant sont les grands accélérateurs d’un mouvement dont nul ne sait où il nous emmène. Toujours est-il que les deux marques étaient omniprésentes avec notamment une impressionnante armada d’hôtesses occupées à tenter d’attirer le chaland.
En résumé, de ce tour d’horizon trois pôles essentiels marquent cette édition 2019 du salon CES. Le premier d’entre tous est la technologie 5G, couplée à l’intelligence artificielle qui va faire avancer ou trembler le monde. Actrice active du progrès, elle peut aussi le mener à sa perte dans une course folle à la domination mondiale entre les deux titans que sont les Etats-Unis et la Chine. Tout ceci peut très mal finir, si l’un et l’autre ne mettent pas un terme à cette escalade, dont Huawei est l’instrument potentiel de destruction massive. Le second, c’est évidemment l’intelligence artificielle présente partout (les agents vocaux, la blockchain, les objets connectés, la santé, etc.) Enfin, il est un secteur qui ne cesse de gonfler, à tel point qu’il est permis si le CES n’est pas entrain de devenir à moitié un salon de l’auto, tant les acteurs du marché très présents physiquement y sont actifs et surtout extraordinairement créatifs. Il n’en reste pas moins vrai qu’ils ont proposé des solutions fascinantes concernant nos fameuses mobilités de demain, avec une maîtrise déjà très impressionnante des technologies de la conduite autonome. On attend la suite avec une certaine impatience tout en se demandant si la place de toute cette profession est vraiment à Las Vegas. Nous les verrions mieux sur les salons de l’auto de Francfort, Paris, Genève, ou encore Shanghai.

 La French Tech : Peut mieux faire

Un mot pour finir sur cette fameuse French Tech qui défraya la chronique en son temps avec un candidat aux élections présidentielles qui a très largement participé à sa renommée. Certes elle est toujours présente en masse, avec plus de 400 exposants, mais il semble qu’elle s’essouffle en termes de qualité, conséquence d’une forme d’inadaptation de l’offre. Il n’en demeure pas moins qu’il existe de belles start-ups en devenir dans notre pays, comme il existe des entreprises déjà installées avec succès depuis quelques années dans le secteur. La santé reste un des domaines d’élection, ou nous sommes particulièrement performants. Il n’en reste pas moins vrai que tout ceci manquait d’unité, de cohésion. Il serait probablement opportun de jouer la performance technologique au détriment de la quantité, qui à notre avis, n’ajoute rien à la gloire de nos exposants. Il s’agit maintenant pour tous ceux qui officient au bon déroulement des opérations de procéder à une forme de sélection, du moins de choix. Il se dit également que les subventions de régions ont permis à certains de présenter des nouveautés qui n’avaient, paraît-il, rien à y faire. Il est donc temps maintenant pour Business France qui accompagnait 26 exposants sous sa bannière de faire entendre sa voix. La présence française dans ce pavillon qui manquait clairement d’unité a besoin de remettre de l’ordre dans la maison au risque de se perdre dans un fatras qui risque de nuire aux entreprises et start-ups qui proposent des produits et solutions de qualité. Il y en a, et certaines de tout premier ordre. Il en va de la crédibilité de la présence française à Las Vegas pour les années à venir.
Avec cette édition 2019, le CES a offert eux visages. Le premier plus souriant, a montré le dynamisme d’un secteur dont personne ne connaît les limites dans notre vie quotidienne tant les champs d’application semblent infinis. Le second beaucoup plus sombre, dévoile les prémices d’une terrifiante guerre technologique sans merci. Une nouvelle guerre des mondes, sauf que cette fois-ci ce n’est pas un roman.
Finissons cependant sur une note optimiste en faisant confiance à l’homme, sa conscience et sa raison, ce qu’aucun robot ne remplacera jamais.•