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Brennenstuhl : Vers de nouvelles ambitions

le 6 octobre 2016.

Le 13 mai dernier, Brennenstuhl inaugurait son nouveau siège situé à Bernolsheim, au nord de Strasbourg. Sur près de 4,4 hectares avec un dépôt en capacité de stocker 10 144 palettes, le spécialiste allemand des solutions électriques portatives se dote d’un outil à la mesure de ses ambitions. Depuis la création de la filiale France en 1973, Brennenstuhl a déjà déménagé deux fois, preuve de son irrésistible ascension économique.

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Le chantier aura duré quinze mois. Trop long bien sûr pour les personnels impatients d’investir leur nouveau siège. Pourtant devant l’ampleur du bâtiment, il convient de relativiser. Quinze mois pour bâtir une telle cathédrale entièrement dédiée aux produits Brennenstuhl, cela ne parait pas si long. D’autant que le chantier a été retardé par la découverte de vestiges romains sur la commune de Brumath. Tant qu’à choisir un site, autant que ce dernier ait une valeur historique. Malgré les recherches archéologiques, il fallait composer avec l’impatience des employés au premier rang desquels le directeur général, qui, au même titre que ses soixante collègues et collaborateurs fut occupé, préoccupé, et accaparé par ce nouveau projet.

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Charles Biltz, Directeur général.


« Je me levais le matin avec le chantier en tête, et je me couchais le soir en oubliant presque de retirer le casque de chantier », note-t-il non sans humour. Chez Brennenstuhl le personnel est entièrement dévolu à la réussite de l’entreprise. Forcément, le Directeur général, mine radieuse, sourire sincère, et joie à peine contenue, ne dira pas lors de son discours qu’il a passé beaucoup de ses weekends sur les quinze derniers mois de chantier à gérer les avancées des travaux, en plus des contingences commerciales, économiques, et financières que le quotidien impose aux responsables. Les efforts ont été récompensés. Les employés ne dissimulent d’ailleurs pas leurs satisfactions. Ils travaillent à présent dans un environnement beaucoup plus confortable qu’il ne l’était précédemment. A l’atelier, les ouvrières reconnaissent que ce dernier est beaucoup plus lumineux qu’auparavant, et leur apporte davantage de sérénité. Du côté du dépôt, tout parait plus simple d’utilisation.

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De gauche à droite, les représentants de la famille Brennenstuhl :
Sebastian Brennenstuhl, Dr Christina Brennenstuhl,
Dr Wolfgang, Dehler-Brennenstuhl.


Les caractéristiques du nouveau siège

Vu de loin, l’entrepôt se détache du paysage. Le dépôt d’une surface au sol à peu près similaire à l’ancien, de 5 200 mètres carrés, soit 200 mètres carrés de plus que le précédent, a surtout pris du volume grâce à sa hauteur : 16,5 mètres. « Nous sommes passés d’une capacité de 6 000 palettes à 10 144 aujourd’hui. Nous avons donc accru la taille de notre dépôt de 60 %. Le site totalise dix allées et dix-huit racks de stockage », précise le Directeur général Charles Biltz. Si Brennenstuhl a déménagé, pour investir un espace de travail et de production plus important, c’est parce que la filiale française portée par la croissance s’est vite retrouvée à l’étroit dans son bâtiment de Souffelweyersheim. « Nous ne voulions pas diviser le siège en deux entités physiques. Nous avons donc réfléchi, et étudié les possibilités de localisation géographiques en fonction de la domiciliation de chacun de nos collaborateurs. Et il s’est trouvé que ce site basé dans le nord de Strasbourg, à Bernsols­heim, réunissait toutes les conditions pratiques.

Visite guidée...

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Brennenstuhl Tübingen, Allemagne.


Comme l’entreprise est toujours en mouvement, la famille Brennenstuhl n’a pas lancé un, mais deux chantiers en même temps : en France, où la filiale a déménagé dans son nouveau siège de Bernols­heim, mais aussi en Allemagne ! Le siège outre-Rhin, situé à Tübingen, s’est agrandi avec un sixième hall de stockage.

Il est sensiblement de la même taille que celui qui vient d’être construit dans le nord de Strasbourg. Le coût total de ces deux structures représente un investissement de 13 millions d’euros. Au cours de son discours, le vice-président de la communauté de Brumath, Francis Wolf n’a pas manqué de rappeler la fiabilité de la famille Brennenstuhl : « La fidélité dans les engagements est si rare, hélas, qu’elle mérite d’être mise en exergue quand les paroles sont respectées. Les dirigeants de cette magnifique réussite entrepreneuriale n’ont qu’une parole. Il y a quelques années, ils s’étaient engagés à investir dans notre communauté de commune, et je note avec une joie non défectible que leur engagement a été tenu ! ». Comme une bonne nouvelle ne vient jamais seule, le directeur général du groupe a confié que les investissements d’aujourd’hui constituaient la réussite de demain, paraphrasant une célèbre déclaration du chancelier Helmut Schmidt prononcée le 3 novembre 1974 : « Les profits d'aujourd'hui sont les investissements de demain et les emplois d'après-demain ». Après l’inauguration de ces deux nouvelles structures de stockages, Sébastian Brennenstuhl a annoncé l’extension des bureaux de Tübingen, d’une surface de 350 mètres carrés.

Dans l’ensemble, la majorité des employés habite dans un rayon proche du nouveau site de production », explique le directeur général. Si Brennenstuhl a éprouvé le besoin de déménager, c’est parce que la croissance du groupe n’a cessé de progresser. Jusqu’en 2008, avant la crise économique, la filiale française de l’entreprise réalisait des hausses de l’ordre de 10 % de son chiffre d’affaires. Au-delà de cette date, après une perte de vitesse liée à une conjoncture dégradée, le spécialiste des solutions électroportatives a renoué avec la croissance. Mais cette fois-ci en deçà de la barre fatidique des 10 %. Fort de ce nouveau redémarrage, il était temps d’accroitre les capacités de production. Ainsi, outre le dépôt, les bureaux s’étendent dorénavant sur une surface de 1 300 mètres carrés, et les locaux techniques 1 200 mètres carrés.

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Brumath, petite ville à moins de vingt kilomètres au nord de Strasbourg.


Le nouveau siège de Brennenstuhl a été construit sur une zone de près de 130 hectares sur plusieurs communes, dont celles de Bernolsheim, sur la communauté de communes de Brumath. Beaucoup d’entreprises allemandes ont élu domicile ici. Le coût des terrains beaucoup plus attractifs qu’outre-Rhin est un atout majeur, car ces entreprises peuvent à la fois bénéficier de la proximité du marché allemand et français. Au total près de 3 000 emplois devraient être créés sur cette zone.

Des équipements à la hauteur des exigences techniques du bâtiment

Dès l’entrée, ce qui frappe c’est la hauteur du dépôt. Pour permettre un stockage optimum, Brennenstuhl a dû se doter d’engins de levage haute performance. Au total, le personnel technique dispose de douze machines de levage. Parmi ce lot, deux d’entre elles sortent de l’ordinaire. Elles sont en effet en mesure d’élever des palettes de plusieurs centaines de kilos à douze mètres au-dessus du sol. Pour une plus grande sécurité, et efficacité de la manœuvre, ces deux engins sont tous les deux équipés de caméras embarquées. Pour assurer une plus grande productivité, un ordinateur de bord permet au cariste de gerber leurs marchandises au bon emplacement et rapidement, car ses ordinateurs sont en lien permanent avec l’ordinateur central. Côté sécurité, la structure répond à toutes les dernières normes en vigueur. Ce bâtiment flambant neuf est doté d’un réseau de buses anti-incendie alimentées par deux cuves d’eau de 30 mètres cubes situés dans l’entrepôt, et d’une autre de 735 mètres cubes installés à l’extérieur. Ces deux réserves d’eau permettront en cas d’incendie de déclencher un système anti-feux de deux heures. A l’extérieur un soin tout particulier a été porté à l’environnement du nouveau siège. D’ailleurs, le créateur de la marque, Hugo Brennenstuhl, lors de l’un de ces déplacements en France avait en début d’année, félicité le paysagiste pour son travail. Plus de mille arbres et arbustes ont été plantés autour du bâtiment. Y compris des fruitiers comme des cerisiers, poiriers et autres pommiers.

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Charles Biltz, Directeur général France,
et Roger Shilling, ancien Directeur Général.


Les espaces vides destinés à accueillir de nouveaux dépôts dans les années à venir sont tapis d’une pelouse verte. Tout a été conçu pour le bien-être des employées. « Nous venons ici avec beaucoup de sérénité, l’environnement est tellement agréable », explique une employée de l’atelier. « Nos collègues allemands nous envient aussi la terrasse », confie le Directeur financier de la filiale française, les yeux emprunts de gourmandise. Et comme d’accoutumée, l’efficacité Brennenstuhl a été pensée jusqu’au bout. Les clôtures qui ceinturent l’espace du nouveau site, ont un écartement suffisant pour permettre au hamster d’Alsace, d’aller et venir à sa guise. « Il s’agit d’une espèce protégée », glisse, complice, le Directeur financier.

En 2015, le chiffre d’affaires de l’entité globale Brennenstuhl s’élevait à 140 millions d’euros. La filiale française quant à elle réalise un CA de 20 millions d’euros. « Nous avons été portés par les ventes de détecteurs de fumée l’an dernier. Contrairement à ce que nous pourrions croire, il s’agit d’un marché pérenne. Car la majorité des détecteurs qui ont été achetés l’an dernier l’ont été en urgence. Du coup, un grand nombre d’entre eux sont de qualité médiocre, et risquent de tomber en panne rapidement. C’est là que nous pourrons tirer notre épingle du jeu, avec des produits de haute qualité. En général, la durée de vie des détecteurs n’excède pas cinq ans, il y aura un renouvellement. C’est en cela que nous pourrions maintenir un certain niveau de croissance », explique le Directeur général de la filiale française.

Mais le fabricant dispose d’autres leviers de croissance. Le e-commerce fait partie des incontournables. En Allemagne par exemple en l’espace de cinq ans, Brennenstuhl est passé d’un CA de 0 à 12 millions d’euros. La filiale française étudie très sérieusement ses pistes. Autre levier de croissance : l’innovation. La nouvelle collection Professional Line, présentée en exclusivité au salon de Cologne en janvier dernier, fait également partie de ses atouts majeurs. Le fabricant a lancé une marque entièrement dédiée aux artisans. Elle devrait être livrée chez ses clients d’ici le mois de septembre. « Nous pourrons évaluer notre gamme, et la force de frappe de cette dernière auprès de nos clients. Charge aux vendeurs de faire leur métier également. Dans les négoces par exemple, il ne se vend en moyenne que 1,5 à 2 enrouleurs par mois ». Afin d’accroitre ses parts de marché, le spécialiste des enrouleurs compte bien augmenter sa présence dans l’électrodomestique, auprès de distributeurs comme chez Darty ou Boulanger, où les produits Brennenstuhl sont déjà vendus. « Nous souhaitons développer les parafoudres, et les parasurtenseurs. Ils font cruellement défaut sur les linéaires en France. Cela étant il y a une explication toute simple. En Allemagne par exemple, si une maison est endommagée par le feu, provoqué par une surtension électrique, les assurances ne paient pas. En France si ! Mais est-ce que pour cette raison, il ne faut pas se protéger contre toute forme de surtension électrique ? Je ne suis pas sûr », prévient le Directeur général France. Une aubaine à ne surtout pas écarter de la stratégie commerciale, car le marché des blocs prises est six fois plus important que celui des enrouleurs. « Nous avons clairement une carte à jouer sur ce secteur-là en apportant de la valeur ajoutée », renchérit Charles Biltz.

Une anecdote révélatrice de l’attention jusqu’au-boutiste portée par les membres de l’entreprise familiale. Dans la même veine, le Directeur général du groupe, Sebastian Brennenstuhl a fait l’effort de s’adresser à son auditoire, lors des phases protocolaires des discours, en partie en français. Grâce à ces petites attentions et aux efforts consentis par l’ensemble des personnels de la production à la direction, Brennenstuhl s’est étoffé au fil de ses soixante années d’existence. Une philosophie impulsée originellement par un homme, Hugo Brennenstuhl, absent pour des raisons de santé. Emu, le Directeur général de la filiale française, Charles Biltz a clos son discours en réclamant un tonnerre d’applaudissements pour lui rendre hommage. L’auditoire visiblement admiratif de la réussite de cette aventure entrepreneuriale s’est exécuté non sans allant.

Pierre Antoine