Imprimer

Le design comme mode de pensee

le 1 février 2010.

201002_acpi_itl.jpg

Lors de la 17e cérémonie de remise de diplômes de fin de cycle de la promotion 2008/2009, le groupe Ducretet a félicité et récompensé le travail de ses 380 jeunes professionnels, apprentis techniciens et vendeurs en Electrodomestique et Multimédia.

Bénédicte TOPUZ

Confortique Magazine
n° 217 février 2010

 

Comme chaque année, l’APCI a organisé une conférence européenne pour promouvoir le design. Pour cette septième édition, le thème choisi était intitulé "design, by all", ce qui a amené divers témoignages sur l’utilisation du design comme mode de pensée, dans ce que l’on appelle des "living labs".

Ce fut également l’occasion de faire un point sur l’importance du design en Europe.

Pour Anne-Marie Boutin, Présidente de l’APCI, "l’innovation vient du terrain et non plus seulement des politiques et autres hommes de pouvoir. La condition essentielle est l’implication des gens". Ces deux jours de conférence ont voulu démontrer ce principe en donnant des exemples d’initiatives de "design thinking" réussies grâce à l’implication des citoyens, notamment au sein de Living Lab. Car, poursuit-elle, "le design thinking, ce n’est pas réfléchir comme un designer, mais avec des designers. C’est aider les gens à découvrir leur propre créativité". Ainsi le design s’inscrit dans des situations de plus en plus diverses et complexes qui s’expriment de différentes façons.

Le design à la portée de tous

Plusieurs Living Labs ont été lancés dans toute l’Europe durant les cinq dernières années. On entend par Living Lab, le regroupement d’acteurs publics et privés, d’entreprises, d’associations ou encore d’acteurs individuels, dans l’objectif de tester "grandeur nature" des services, des outils ou des usages nouveaux. Il s’agit de sortir la recherche des laboratoires pour la faire descendre dans la vie de tous les jours, en ayant souvent une vue stratégique sur les usages potentiels de ces technologies. Il s’agit également de favoriser la culture ouverte, partager les réseaux etimpliquer les utilisateurs dès le début de la conception. Le design thinking peut donc ainsi s’adapter à tous et non, comme on l’a longtemps cru ou laissé croire, exclusivement à des designers. Mais "le réseau est un outil pour acquérir une intelligence collective à condition de savoir comment la gérer", a insisté Jesse Marsh de TLL Sicily. 

Preuve en est notamment l’expérience décrite par Salvador Fernandez Marques, Président de l’association des pêcheurs de Cudillero, en Espagne. Cette association se bat pour "défendre la pêche sélective, car l’esprit de préservation et de cohabitation avec l’écosystème a toujours guidé notre idée de la pêche", indique-t-il. Partant du constat que "tout augmente sauf le poisson", ils ont voulu apporter à leurs produits, en l’occurrence le merlu pêché de façon traditionnelle à l’hameçon, une valeur ajoutée. Loin des préoccupations propres aux designers, cette association a donc mis en place un Living Lab afin de fournir de nouveaux outils informatiques. Ce projet de 3 ans, qui s’est terminé en septembre 2009, a permis de mettre en place un système de GPS sur les bateaux, garantissant aux poissons vendus aux enchères une fraîcheur maximale de 24 heures. Ce projet a été possible grâce à l’implication des pêcheurs et à leur réflexion avec les informaticiens et autres métiers, faisant ainsi progresser les outils pour obtenir une certification de l’origine des produits.

Autre exemple où le "design thinking" a permis de faire avancer les projets de façon plus créative et plus productive, celui réalisé autour de Gellivare en Suède en mars et avril 2009. Réunissant designers, architectes, urbanistes, informaticiens et autres corps de métiers, il s’agissait de trouver un concept pour déplacer toute une communauté qui s’était agrandie au fil des années autour d’une mine, aujourd’hui un terrain devenu instable. Après quelques semaines de réflexion, tout un concept de prise en charge a été mis en place et les habitants ont été impliqués malgré la réticence de certains installés près de la mine depuis de nombreuses années.

Dans un cadre plus social, Sara de Boer, T + Huis, et Caren Weisleder de l’école de design de Kolding ont su mettre en place et fédérer un concept afin de réhabiliter une zone de prostitution et aider ces femmes à se reconvertir. Une réussite pour certaines, se félicitent ces deux jeunes designers.

Autant d’exemples qui montrent l’utilité de réfléchir ensemble sur un concept avant d’agir.

Le design, une préoccupation européenne

Le design devient donc bien de plus en plus une méthode, une approche, comme le démontrent ces exemples. Jean-Noël Durvy, Directeur de la politique d’innovation au sein de la DG Entreprise et Industrie de la Commission européenne explique : "le design, ce n’est pas seulement la création, c’est aussi travailler sur les usages, sur l’ergonomie, sur différents aspects conceptuels. Et c’est cette fonction qu’on veut appréhender dans le cadre de la politique d’innovation, en faisant en sorte par exemple de mettre le design à la portée des PME ou en faisant en sorte que le design soit mieux utilisé dans la réflexion stratégique des villes. On constate aussi, d’une manière générale, que les industries créatrices peuvent représenter une part importante du PIB". A ce titre, le rapport de la commission européenne baptisée "design as a driver of user-centred innovation" (ou "le design comme composante de l’innovation") confirme le design comme un formidable moteur d’innovation pour les entreprises européennes qui en ont compris les enjeux et l’utilisent. Par ailleurs, cette consultation dégage des changements d’action pour le design, un enseignement et recherche en design ainsi qu’un besoin d’une politique pour la PME. Ainsi d’après Charlotte Arwidi, de la DG Enterprise et Industrie au sein de la commission européenne, 91 % des personnes interrogées pensent que le design est très important pour la compétition future en Europe, 96 % pensent que le design devrait être dans la politique d’innovation européenne en général et 91 % pensent que l’Union Européenne devrait aider les initiatives en design. Parallèlement, 78 % pensent que les barrières à une meilleure utilisation du design sont le manque de conscience et de compréhension de l’apport positif du design. Certaines réticences (64 %) viennent également d’une méconnaissance et de l’absence d’outil pour évaluer le retour sur investissement du design. "Aujourd’hui, rien n’est encore totalement arrêté, mais plusieurs idées sont lancées", a conclu Charlotte Arwidi avant de nous dévoiler certaines idées : mettre en place une plateforme ou des communautés ou des initiatives pour développer une action commune, améliorer une base de données en design, créer un label ou encore créer des laboratoires d’innovation. Autant d’idées qui pourraient voir le jour dans les prochaines années, a-t-elle lancé avec un optimisme qui, d’après beaucoup, la caractérise. En France, le ministère semble avoir entendu et être prêt à prendre le relais. Ainsi, Yves Robin, du ministère de l’Economie, de l’Industrie et de l’Emploi, de passage durant ces deux jours, a exprimé la volonté du ministère d’encourager l’utilisation du design dans les entreprises, notamment dans les PME, en développant des outils de sensibilisation adaptés. C’est à ce titre qu’il a très récemment, en décembre 2009, mis en ligne un site dédié au design (www.entreprise-et-design.fr). Autre initiative annoncée par Yves Robin, un appel à projet sur l’innovation, la création et le design pour permettre une diffusion d’un guide des bonnes pratiques. "En 2010, nous allons accompagner individuellement des projets et certaines entreprises dans leur démarche design", a-t-il conclu.

"Quoi qu’il en soit, ces journées ont démontré que l’objectif est de réfléchir collectivement et de prendre ensemble des décisions, a commenté Anne-Marie Boutin. Le design doit plus que jamais être intégré au projet et les acteurs intégrés à la démarche de design. L’Europe semble décidée à nous aider dans la promotion et la meilleure compréhension du design. Il faut donc continuer à ouvrir les portes".


201002_acpi_1.jpg 201002_acpi_2.jpg
Salvador Fernandez Marquès, Président de l’association des pêcheurs de Cudillero.
Sara De Boer et Caren Weisleder.
Un moment de détente pour une assemblée à l’écoute de toutes ces initiatives les plus étonnantes de Living Lab.
  201002_acpi_3.jpg