20190711 interieurlyfestyle
Imprimer

Les designers face a de nouveaux reperes

le 21 mars 2010.

201001_design_itl.jpg

Après Paris, c’est au tour de Mulhouse (Haut-Rhin) d’accueillir l’exposition"Design en Mutation". Ainsi, les Mulhousiens peuvent découvrir cette exposition réunissant des designers qui, loin des seules préoccupations esthétiques, composent des objets intégrant les impacts des changements écologiques, énergétiques et technologiques dans nos modes de vie.

 

Bénédicte Topuz

Confortique Magazine
n° 216 janvier 2010

 

L’exposition "Design en mutation", organisée par la Mairie de Paris et la Fondation EDF Diversiterre, présente, en partenariat avec le VIA, les travaux de onze designers les plus représentatifs d’une génération qui s’affirme dans la recherche et le design prospectif. Ceux-ci ouvrent de nouvelles voies permettant à chacun d’envisager les objets qui composeront notre cadre de vie futur. En marge de l’exposition, un film documentaire de 30 minutes présente les témoignages de directeurs d’écoles, d’institutions d’aides et de promotion du design sur leur perception de ces mutations et sur la manière dont elles influencent les pratiques.

Une prise de conscience des designers

Il semble évident qu’à plus ou moins brève échéance, une révolution environnementale va se produire à l’échelle planétaire. Le sommet de Copenhague qui s’est tenu en décembre dernier l’atteste, poussant ainsi les politiques à s’organiser malgré leurs divergences. Autre révolution en cours, celle du numérique dont les effets sur la société sont encore peu évalués. Les métiers de la conception et de production des biens de consommation devraient être particulièrement exposés aux ondes de choc de ces deux événements indépendants mais qui s’entrecroisent. Ainsi, plusieurs designers ont compris qu’ils étaient dans l’obligation de repenser leur discipline qui repose encore sur les préceptes des mouvements modernes. Cette nécessité concerne tout autant la remise à plat des finalités (que produire, dans quel but et avec quoi ?), que la révision de l’ensemble des outils méthodologiques.

Ces designers sont donc en train d’abandonner les classifications par grandes fonctions et les typologies d’objets qui en découlent pour poser un autre regard sur les activités humaines – chacune prise dans sa globalité, en lien avec le contexte dans lequel elle se déploie – et tenter des réponses plus raisonnées. Car grâce à l’apport de nouvelles technologies, les produits manifestent des innovations d’usage qui facilitent les activités de la vie quotidienne. Ils ne remplacent pas des produits existant, mais s’inscrivent dans un processus nouveau d’accumulation : dans l’univers de l’habitat, le nombre d’objets passe de 200 à 2000.
Mais si au début de l’histoire du design, la collaboration entre l’ingénieur et le designer était forte, une certaine défiance s’installe entre les deux acteurs dans les années 70 et 80. Les designers refusent de prendre en charge la question de la production et de la diffusion pour s’aventurer dans des recherches et des expérimentations libérées des contraintes habituelles. C’est ainsi que le designer devient artiste. Un des rares à résister à l’appel de la galerie est Philippe Starck qui devient une référence pour les générations suivantes. Il est à l’origine de la fusion entre l’éthique, la technique et l’esthétique. Autre grande figure du design, matali crasset dénonce la déconnexion des objets d’avec le réel. Il s’agit alors de revenir à l’observation des gestes, à ce qu’elle nomme les rituels domestiques. Paradoxalement, alors que la profession semble totalement marginalisée par rapport à sa fonction historique (agir sur la production des biens de consommation, sur l’ajustement permanent des produits et des services du point de vue de leur actualité, de leur qualité fonctionnelle et formelle), elle va gagner en notoriété auprès des institutions et du public. Ainsi aujourd’hui, "on attend du design qu’il informe de nouvelles représentations", indique Michel Buisson, Commissaire de l’exposition, chargé des aides à la création et des relations avec les écoles de design au VIA. Aujourd’hui chacun perçoit les limites de produire toujours plus, toujours moins cher. "A un moment donné, on doit activer les choses nouvelles sur des principes de rupture", explique le Designer François Azambourg.

Cette exposition permet ainsi de découvrir les recherches d’aujourd’hui et d’envisager le monde demain.

 

201001_design_01.jpg 201001_design_02.jpg

 

Des approches différentes

C’est donc un espace d’observation et d’expérimentation abordant les enjeux du design à travers les pratiques quotidiennes. L’habitat est posé comme une métaphore du monde, le lieu où se jouent des tensions entre les sphères privée et publique, entre l’individu et le collectif, entre le "bricolé" et le technologique, entre le fonctionnel et le symbolique. Il incarne un écosystème idéal à partir duquel il semble plausible de modéliser des dispositifs de transformation. Ainsi, par exemple, l’intention de Delo Lindo est d’observer la banalité et de tenter de l’améliorer. C’est ce qu’il a réalisé pour les objets issus du programme électroménager Simply Event développé pour Téfal, pour lesquels la conception est née d’une distinction conceptuelle entre la partie électrique et la partie manuelle et dont les conséquences influent sur la forme. Autre approche celle d’Olivier Gassies qui vérifie que la création d’un objet peut être la réponse à une problématique environnementale. Ainsi, il présente des objets qui ont pour fonction, chacun à leur niveau, de récolter l’eau jusque dans ses moindres manifestations physiques (eau de pluie, rosée, humidité ambiante) et de traduire ces différentes actions par des propositions d’objets inédits.

Pour EDF R&D Design, la rupture passe par le développement des énergies renouvelables et la réduction des consommations, mais aussi en imaginant un futur où l’information énergétique sera présente dans l’habitat pour communiquer à ses occupants ses différents états et les aider à agir en conséquence. De son côté, l’agence Machin Machin propose des alternatives à des outils technologiques coûteux, par exemple la climatisation.

Pour Jean-Louis Fréchin, la mutation vient du nouveau rapport aux temps et aux espaces, il s’agit de donner une forme à l’économie de l’immatériel et de l’information. Il propose donc un environnement interactif où les objets de votre confort quotidien et les objets technologiques cohabitent, d’où par exemple l’étagère WaAz. •

 

201001_design_05.jpg 201001_design_03.jpg 201001_design_04.jpg