20181210 aod1
Imprimer

Ces trente années qui ont changé la face du monde : Un drame en 4 actes

le 30 mars 2018.

30 ANS confortiqueCe n’est rien de dire que ces 30 dernières années ont été tumultueuses. Que retenir cependant de ce flot d’informations continu débité sans réflexion par les chaines infos ? Avons-nous progressé ou plutôt régressé ? Le monde est-il devenu plus violent ? Sortirons-nous un jour de cette “crise” qui d’éternise ? Multipolaire, soumis aux vents d’une concurrence de plus en plus sauvage, il est en tout cas plus compliqué que jamais à comprendre. Comment en sommes-nous arrivés là, telle est la question que l’auteur de ces lignes s’est posée, en l’occurrence votre serviteur, à la demande de son rédacteur en chef à l’occasion des 30 ans de Confortique ? Cette tentative d’analyse ne prétend pas détenir la vérité absolue, tant s’en faut. Elle est le point de vue d’un enfant d’un siècle bien agité, et qui voit le soi-disant nouveau monde guère plus apaisé. Toutefois, il semble bien que lorsque l’on se penche sur ces trois décennies terribles, à bien des égards, quatre faits majeurs ont changé notre monde.

Une chose est sûre et certaine, les 30 glorieuses sont définitivement révolues et tout laisse à penser que cette parenthèse enchantée n’est pas près de se reproduire. Il faut désormais regarder loin en arrière pour se souvenir de ces années de prospérité dont nous sommes si nostalgiques, même si le temps passant beaucoup de nos concitoyens ne les ont pas vécues. Ces sixties, seventies ressemblent à un monde perdu dont le souvenir est savamment entretenu par les médias, le show-business, la mode, la décoration le design et tant d’autres éléments qui nous ramènent à une époque que l’on pense bénie encore aujourd’hui. Pourtant, il n’aura fallu que quelques journées d’octobre 1973 pour que cette parenthèse enchantée soit balayée avec la guerre du Kippour. Ce jour-là, les troupes israéliennes écrasent en une semaine une coalition arabe qui avait lancé une grande offensive militaire en territoire ennemi. Ce conflit voit également le début de la montée en puissance de l’actualité commentée en direct sur les télévisions du monde entier. C’est la stupéfaction. La caisse de résonnance est terrible. Ces évènements auront hélas comme conséquence le premier choc pétrolier, début d’une longue série qui va frapper durement les économies mondiales, lesquelles réalisent leur dépendance aux énergies fossiles et par conséquent, leur fragilité. Cet épisode va marquer de longues années de tensions entre les pays producteurs et les pays consommateurs. Néanmoins, ces derniers, tant bien que mal, vont s’adapter aux nouvelles donnes de l’envolée des prix  des hydrocarbures, et les années 80, ne se passeront pas si mal que cela pour les économies des pays industrialisés. Et puis, au fond, tout paraît simple. Il y a d’un côté le monde libre, et de l’autre les dictatures communistes enfermées dans leur système totalitaire dont elles semblaient se contenter. C’était pourtant aller un peu vite en besogne, car un coup de tonnerre était en préparation, qui allait totalement changer la face du monde. Il constitue le premier acte d’un drame en quatre actes. Le mot drame est utilisé à dessein, car finalement l’histoire est toujours tragique, pour reprendre la célèbre phrase de Raymond Aron.

Acte 1
Décembre 1989
Un mur et des illusions qui s’effondrent

Lorsqu’en mai 1988, François Mitterrand est reconduit à la tête de l’état, il ne se doute sans doute pas que son mandat sera marqué par un événement inouï qui va bouleverser le monde. Notre président voit dans la relation franco-allemande, un moteur pour l’avenir de l’Europe et cette fameuse cérémonie de 1984, main dans la main sur le fort de Douaumont, en constitue l’apogée. Seulement, cinq ans plus tard, ce geste sera renvoyé aux oubliettes de nos mémoires collectives. Ce qui restera pour l’éternité, c’est cette image impensable de Vladimir Rostropovitch jouant les suites pour violoncelle de Bach devant les gravats du mur de Berlin qui vient de s’écrouler, précédant de quelques semaines la dislocation de l’Union soviétique, malgré les tentatives désespérées de Mikhaïl Gorbatchev avec la Glasnost et la Perestroïka. L’empire communiste fait eau de toutes parts. Les hongrois, les tchèques, les polonais ont chassé leurs dirigeants. Plus tard la Yougoslavie est démantelée. La Roumanie ne fait pas exception. Elle sera même le laboratoire des infos en continu. Ainsi, pour la première fois, les téléspectateurs peuvent assister à une révolution dans leur fauteuil, face à leur écran. Ce soulèvement sera aussi marqué par la prolifération des fameuses Fake News, avec en point d’orgue les images des fameux charniers de Timisoara qui n’étaient en  fait que des corps filmés à l’institut médico-légal. Toujours est-il que nous sommes bien entrés dans l’ère de la médiatisation à outrance sans discernement. Ces soi-disant révolutions ne sont cependant qu’un avatar du cataclysme géopolitique et économique qui s’annonce, lequel va transformer le monde comme probablement jamais depuis la chute de l’Empire romain. La belle histoire des gentils occidentaux contre les méchants communistes, vient de prendre fin et annonce un monde multipolaire encore plus dangereux que cette guerre froide qui s’achève. Il va laisser la place à un système redoutable, celui de la mondialisation sans foi ni loi telle que la subit l’humanité avec l’entrée dans la danse de pays que l’on appelle les émergents et notamment du plus ambitieux d’entre eux, la Chine, à qui le tapis rouge sera déroulé, mais auparavant, un événement épouvantable se prépare, là où on l’attend le moins.

Acte 2
Septembre 2001
L’horreur absolue

Ces images sont inscrites pour l’éternité dans les mémoires collectives. Nul ne peut oublier la vision d’horreur de ces avions qui percutent les tours jumelles du New York Trade Center provoquant leur effondrement et la mort atroce de 3 000 personnes. Comment ne pas se souvenir notamment de ces malheureux coincés au sommet se jetant dans le vide. La fière Amérique est frappée d’une attaque d’une ampleur inégalée dans l’histoire du terrorisme. Pire, cette horrible scène se déroule sous le regard des caméras de télévision du monde entier consacrant ainsi la toute-puissance des chaînes infos qui offrent un spectacle qui tiendra en haleine la planète entière. Ceci, les terroristes l’ont bien compris, et ils ne se priveront pas de ces relais pour semer la mort en direct ajoutant ainsi la crainte à l’effroi. Mais, au-delà de cet attentat monstrueux, le pire est à venir. L’administration Bush humiliée, souhaite sa revanche et trouve en même temps l’occasion d’imposer sa Pax Americana sur le Moyen-Orient. A cet effet le gouvernement prend le prétexte d’une soi-disant menace atomique provoquée par la possession d’armes nucléaires aux mains de Saddam Hussein. Les accusations fausses sont largement relayées médiatiquement, et ces nouvelles fake news d’état vont engendrer un désastre dont le monde ne s’est jamais vraiment remis. C’est ainsi que le 20 mars 2003, l’armée américaine et ses alliés envahissent l’Irak et renversent le dictateur en quelques jours. Le résultat de cette “guerre préventive” selon les mots de George Bush junior est catastrophique. Le pays n’a plus d’état, plus d’armée, plus de ressources. Un dirigeant fantoche est mis en place, mais l’anarchie gagne du terrain et le désordre gagnera bien vite les pays limitrophes, puis quasiment tout le Moyen-Orient, sans oublier le Maghreb, quelques années plus tard, avec l’effondrement de la Libye. Cette situation de chaos constitue une aubaine pour les islamistes les plus dangereux qui vont recruter avec le succès que l’on connaît. C’est aussi dans ce contexte que va se raviver un affrontement sunnite/chiite, avec en corollaire, le terrible conflit syrien qui fera rentrer dans la danse d’autres grandes puissances internationales ajoutant à la confusion. Même la France, qui avait refusé de participer à l’invasion de l’Irak est concernée. Mais les opérations militaires anti islamistes qu’elle mène  en Afrique  lui valent la haine de tous ces extrémistes qui l’assimilent au camp de l’occident mécréant. Elle en paiera le prix fort avec une vague d’attentats et d’attaques sanglants. Voilà donc le brillant résultat de cette fameuse guerre préventive, la première du genre dans l’histoire du monde. Elle a ouvert une boite de Pandore dont personne ne sait si elle va un jour se refermer et sur quoi elle va déboucher vu l’implication de pays comme la Russie, L’Iran, la Turquie qui d’un côté défendent l’axe soi-disant chiite, contre l’Arabie Saoudite, soutenue par Israël (eh oui !) et les USA. Sans oublier la situation en Syrie, loin d’être apaisée, malgré la disparition de Daech. Tous ces évènements se passent dans des territoires ou les intérêts sont énormes, ce qui ne fait qu’aviver les tensions internationales.
Pendant ce temps la Chine compte les points et quelques mois à peine après l’attaque des Twin Towers, la voilà qui entre en scène, de façon beaucoup plus discrète mais non sans faire de dégâts d’un autre type.

Acte 3
Novembre 2001
L’art de se tirer une balle dans le pied

C’est en effet dans la plus grande discrétion que l’Empire du Milieu est devenu membre de l’organisation mondiale du commerce. L’événement s’est passé au Qatar, entre le 9 et le 14 novembre 2001. Si sa portée n’a guère dépassé le microcosme de la sphère politico-économique, les conséquences sont incalculables. C’est à se demander si l’occident ne s’est pas volontairement tiré une balle dans le pied. Sur le papier tout paraissait formidable. La Chine acceptait de baisser ses barrières douanières et d’ouvrir les portes de son immense marché, en échange de la possibilité de maintenir voire développer ses exportations. On connaît la suite. Le pays a continué d’inonder les pays occidentaux de tous types de produits. De plus en raison des coûts salariaux et d’un vrai savoir-faire dans tous les domaines, la désindustrialisation des pays occidentaux s’est accélérée provoquant un chômage structurel de masse, un déficit des balances commerciales, tandis que “l’usine du monde”, continuait de s’enrichir, à tel point qu’elle possède les plus grosses réserves de change de la planète, lui permettant ainsi d’acquérir des entreprises étrangères de renommée internationale. Qu’avons-nous gagné en échange ? Pas grand-chose à vrai dire. L’abaissement des barrières douanières qui constitue un des fondements de l’OMC n’a guère profité à nos exportations à quelques exceptions près, à l’exemple des produits manufacturés allemands, et notamment l’automobile. Pour le reste, les autorités chinoises multiplient les obstacles destinés aux exportateurs étrangers par des mesures de protectionnisme à peine déguisées. Sans oublier les multiples transferts de technologie dont leurs entreprises ont profité. Heureusement, l’ouverture à la consommation du prodigieux marché intérieur a permis et permet aux plus tenaces, de tirer leur épingle du jeu. Finalement qui sort gagnant de l’affaire ? Les dirigeants chinois, qui ont su manœuvrer fort habilement, mais aussi les grandes entreprises multinationales occidentales, et les audacieux à qui dit-on que la fortune sourit toujours. Les perdants ? Les ouvriers dont les usines ont été délocalisées, les classes moyennes sacrifiées sur l’autel de la compétitivité, et les pays non performants à l’export, dont hélas la France, et globalement les dirigeants de l’Europe incapables de trouver une parade. Leur seule réponse, c’est d’affirmer haut et fort que notre avance technique nous protège. Ils se trompent lourdement. La Chine est devenue une des places fortes des nouvelles technologies, de l’intelligence artificielle, du commerce en ligne et le prouve avec ses géants comme Ali Baba, Tencent et autres Huawei.Il semble cependant que de l’autre côté de l’atlantique, on mesure la portée du danger. En dépit de sa personnalité dérangeante, le président Donald Trump, prépare un arsenal de mesures protectionnistes, qui vont peut-être signer le retour à de nouvelles barrières douanières. Mais attention, les Chinois qui ont inventé le commerce, il y a 5 000 ans, ne sont pas des perdreaux de l’année, sachant en plus que c’est la place de leader mondial qui est en jeu. A moins que d’ici là, une nouvelle crise financière mette le monde à genoux. Dans ce domaine, merci on a déjà donné et à quel prix !

Acte 4 : Fini de jouer…
Octobre 2008
Et voilà l’acte final

L’apothéose de ce drame en 4 actes n’a pourtant rien d’une happy end tant s’en faut. A force de jouer avec des allumettes la planète finance s’est brûlée, et mis le feu au monde, avec un ses jouets favoris, les subprimes, terme déjà bien oublié. Des centaines de milliers de citoyens américains incapables de rembourser l’emprunt immobilier contracté pour l’achat de leur logement se sont retrouvés ruinés et beaucoup  d’entre eux à la rue. Pendant ce temps les voyous du trading ont infesté le système bancaire avec souvent la bénédiction et la complicité de leurs dirigeants. Tant et si bien que l’un des plus gros établissements américains en l’occurrence Lehmann brothers, s’est retrouvé en faillite provoquant la plus grande crise financière depuis celle de 1929. Avec la mondialisation et la vitesse des échanges, le feu s’est propagé sur toute la planète à une allure folle déclenchant une panique généralisée, tant était grand l’effet de contagion et le risque d’effondrement généralisé. C’est alors que pour une fois, tous les dirigeants du monde occidentalisé se sont concertés afin d’éviter la catastrophe. Il faut à cet effet rendre hommage à Nicolas Sarkozy, notre président de l’époque, pour avoir œuvré avec beaucoup d’énergie. Suite à tous ces efforts, le crash mondial été évité de justesse, mais les conséquences ont été terribles avec une longue période, de récession, particulièrement forte dans les pays industrialisés, dont ils sortent à peine, et quel prix. ! II ne faut en effet pas oublier que cette croissance revenue est due essentiellement à l’intervention des banques centrales qui maintiennent les taux d’intérêt au plus bas. Le tout est de savoir combien de temps elles vont pouvoir le faire. Toujours est-t’il que les dégâts de cette crise financière, ont été considérables notamment sur l’emploi. Il n’en reste donc pas moins vrai que la méfiance dans les institutions est toujours présente, d’autant plus que la planète finance n’a été débarrassée de ses scories qu’en apparence. Le feu couve toujours, entretenu par divers facteurs, économiques, mais également géopolitiques.

Danse sur un volcan

Si ces quatre dates constituent, semble-t-il, les tournants majeurs de ces trente dernières années, ils ne sont pas les seuls à participer à l’instabilité mondiale. Citons la menace nord-coréenne, la descente aux enfers du Venezuela, le Brexit, etc. D’autres se profilent à l’horizon. La crise migratoire est manifestement la plus grave. Elle risque de mettre en péril la cohésion européenne, les dirigeants étant pour l’instant incapables de s’accorder sur le sujet. Cette même Europe qui provoque un phénomène de rejet de la part de ses citoyens qui ne reconnaissent pas ou peu de légitimité à ce parlement “Bruxellois”. Chaque élection le prouve. Et que dire de la situation en mer de Chine, ou encore des ambitions hégémoniques turques et Iraniennes dans leur zone d’influence, sans oublier le danger islamiste toujours présent ? Bref la liste est longue des menaces qui planent sur la planète bleue dans ce monde multipolaire sans véritables repères. Nous dansons donc sur un volcan qui peut entrer en éruption à tout moment. Autant le savoir, cela évite les mauvaises surprises.  Heureusement , il n’en demeure pas moins vrai que l’humanité a vécu des périodes bien plus troublées, et qu’elle s’en est toujours remise. Et puis il y a les promesses de jours meilleurs, avec la montée en puissance des nouvelles technologies , lesquelles vont nous faciliter la vie, protéger notre santé ,améliorer notre confort même si celles-ci comme l’intelligence artificielle sont porteuses d’incertitudes sur l’emploi et les libertés individuelles. Bref rien n’est simple en ce bas monde, et ne l’a jamais été. C’est ce qui fait le sel de la vie. En tout cas nous sommes loin de la prophétie du grand politologue américain Francis Fukushima, qui annonçait dans son essai célèbre le triomphe définitif de la démocratie et du libéralisme après la chute du mur de Berlin. Comme quoi tout le monde peut se tromper.•