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GIFAM : Cessons de jeter, réparons !

Écrit par Pierre Antoine le 10 juin 2015.

20140917 gifamRéduire le gaspillage, réaliser des économies, et pourquoi pas apprendre à moindres frais, tels sont les objectifs de la journée de mobilisation pour l’entretien et la réparation organisée le 4 juin dernier dans le grand sud-ouest à l’initiative du GIFAM (Groupement Interprofessionnel des Fabricants d’Appareils d’Equipement Ménagers) et du site internet Agora, dédié aux professionnels du SAV dans l’électroménager. L’Ademe, des organismes comme Eco-systèmes, Envie et d’autres associations engagées dans le développement durable étaient présents.

Réparer plutôt que jeter. Ce pourrait être l’adage de cette journée de sensibilisation auprès du public encouragé à réparer les appareils électroménagers. L’objectif est simple : éviter tout classement vertical qui viendrait nourrir un peu plus les déchetteries, et irait à l’encontre d’une démarche de développement durable. Cette initiative s’inscrit très clairement dans l’air du temps. Avec l’avènement en France depuis plusieurs mois du DIY (Do It Yourself), de l’engouement pour le bricolage et du fait soi-même encouragé par des mouvements transatlantiques comme le maker faire, la réparation des appareils électroménagers par les particuliers paraissait quasi inévitable, à la mode même !! Devant cet élan à la fois écologique, durable, économique et ludique, l’Assemblée nationale a même règlementé le phénomène, en le rendant obligatoire, avec l’entrée en vigueur de la loi Hamon sur la consommation en mars 2015. De quoi s’agit-il ? Cette loi contient tout un chapitre qui vise à lutter contre le gaspillage en assurant une meilleure capacité de réparation des biens de consommation, afin de prolonger leur espérance de vie. En 2007, l’Ademe a pu constater qu’en France 16 à 20 kg de déchets d’équipements Electriques et Electroniques finissaient à la poubelle, et que seulement 44 % d’entre eux étaient réparés. Le défi est donc de taille.

Changer les mentalités

Les idées reçues ont la dent dure ! Réparer son four, sa table à induction, son grille-pain, ou son sèche-cheveux s’avère être un acte encore perçu par un grand nombre de consommateurs comme une abstraction, une gageure même. « Beaucoup de clients pensent qu’en achetant des produits d’électroménagers, les fabricants ont tout fait pour qu’ils ne soient pas réparables, afin d’en acheter de nouveaux, explique Alain Pautrot, Directeur de la satisfaction consommateurs de chez Seb, et ainsi encourager les démarches d’achats. Or c’est une erreur, tranche-t-il. Tous les constructeurs intègrent dans leur process une solution pour réparer leurs appareils ». Face à un tel constat, une idée a germé dans la tête du syndicat de SAV des constructeurs d’électro-ménagers (STAR). Il s’agit de mettre sur pied des structures d’accueil, des ateliers de réparation, dans lesquels les clients viendraient avec leurs électro-ménagers à réparer. Assistés d’un technicien, ils pourraient ainsi les remettre en état de marche. « Grâce à ce procédé, les coûts de réparation sont réduits. Cela incite davantage à ne plus jeter, et à s’orienter vers la réhabilitation des appareils, relève Erwann Fangeat, du service produit, efficacité et matière des 3E à l’Ademe. Nous constatons que le prix d’une intervention sur un lave-linge par exemple se décompose comme en trois : un tiers de déplacement, un tiers du prix pour les pièces, et un tiers pour la main d’œuvre, à peu de chose près. Si nous réduisons le déplacement, et le coût de la main-d’œuvre, de fait la réparation devient économiquement attractive ». Ce levier s’avère indispensable pour encourager les clients à ne plus se débarrasser de leurs vieux appareils défectueux, surtout dans une période difficile où chaque foyer recherche la moindre économie de dépenses. Plusieurs ateliers d’auto-réparation ont donc vu le jour un peu partout sur le territoire, avec des sites pilotes, comme à Limoges par exemple. Pascal Deconchas gérait un atelier de service après-vente. « Nous avons ouvert notre entreprise en 1997, explique-t-il. Nos techniciens se rendaient donc chez nos clients ou réparaient ici dans notre atelier. Depuis un mois nous expérimentons une tout autre approche. Nos six techniciens renseignent et guident nos clients qui viennent réparer eux même leurs électro-ménagers ». Et son objectif est avant tout pédagogique, car son idée est de développer ce concept auprès des consommateurs pour leur donner l’envie de réparer, et aussi de réaliser des économies. « Nous devons reconnaitre que ce problème de réparation ne nous est pas propre, explique Alain Pautrot, Directeur de la satisfaction consommateurs de chez Seb. En France, nous considérons que la réparation n’est pas faisable, en Allemagne, elle est perçue comme une atteinte à la fiabilité d’un produit. Et puis il y a aussi le cout avantage, pourquoi devrais-je faire réparer alors que pour quelques dizaines voire centaines d’euros de plus j’ai un appareil neuf ? A l’inverse, en Europe de l’est, ajoute-t-il, les Polonais considèrent que dès lors que le prix d’une réparation ne représente pas la totalité du prix d’un produit, il y a lieu de réaliser des économies. Sur un appareil qui coute 100, mais que la réparation engendre une dépense de 80, et bien ils estiment avoir économisé 20 ». Cette façon de voir n’est pas encore acquise en Europe de l’Ouest, mais avec la mise en place de ces ateliers d’auto-réparation, les mentalités peuvent changer. « Les choses se feront en douceur, note Pascal Deconchas, le fondateur de l’atelier ATR de Limoges. En un mois nous n’avons pas beaucoup de recul, mais nous constatons nettement que ce sont les personnes retraitées qui poussent la porte de notre entrepôt, et les amateurs de bricolage ». Deux catégories auxquelles appartient Jean-Jacques Moyen. Ce retraité féru de bricolage est venu changer les roulements de sa machine à laver le linge. « Je viens ici pour plusieurs raisons, d’abord parce que j’ai toujours bricolé tout au long de ma vie. Maintenant que je suis à la retraite, je peux me consacrer à cela. Et puis c’est à la fois très valorisant de redonner vie à une machine en panne, et surtout économique, car je ne compte pas mon temps. La réparation va me couter 150 euros. J’ai déjà remis à neuf une cafetière la semaine dernière », sourit-il. Grâce à l’appui technique des salariés de l’atelier, il a la garantie de ne pas faire d’erreurs de branchement, qui pourraient être tout à faire contre-productif et mettre en péril sa personne, son temps de travail, et sa machine. Voilà aussi pourquoi mieux vaut privilégier l’atelier plutôt que de tenter de se lancer dans l’aventure en s’appuyant sur des sites internet explicatifs. En cas d’erreur dans une manipulation et de dommages corporels, la responsabilité incombe aux fabricants. Ils étudient d’ailleurs la possibilité de s’en affranchir juridiquement. Pour limiter les risques, privilégiez les ateliers.
Une heure de location d’un atelier pour du petit électroménagers, le prix s’élève à douze euros et quinze lorsqu’il s’agit d’un gros appareil, dans cet atelier limougeaud.

Les fabricants à fond dans la réparation !

Dix mois ! C’est la durée de vie qu’ont perdu les appareils électro-ménagers en l’espace de trente ans. « Il s’agit là d’une performance qui contredit tous les préjugés sur la réduction de l’espérance de vie des appareils, précise Jean-Charles Codron, Chef de service de l’économie circulaire et des déchets de l’Ademe. Car n’oublions pas que nous utilisons beaucoup plus ces derniers qu’auparavant. Entre deux à trois plus qu’il y a trente ans ». Pour tordre le cou à ces idées reçues et faciliter la réparation, les fabricants multiplient les actions. « Nous avons identifié quatre leviers, explique le directeur de la satisfaction consommateurs de chez Seb, pour permettre une intervention sur un appareil défectueux. D’abord il faut absolument que les pièces détachées restent à un tarif attractif. Chez Seb par exemple, nous estimons que nous pouvons réparer jusqu’à 50 % du prix du produit. Ensuite vient le délai de réparation, qui ne doit pas excéder cinq jours, entre la livraison de la pièce et la réparation. Nous nous engageons par exemple à fournir les pièces détachées aux centres de réparation agréés dans un temps maximum de 48 heures. Il faut aussi fournir des pièces de tailles raisonnables. Enfin, n’oublions pas que si nos clients estiment que la réparation n’est pas faisable c’est aussi parce qu’ils pensent que nos appareils ne sont pas démontables, et de fait pas remontables. Ces deux aspects sont également pris en compte dorénavant ». Une fois les données analysées, il faut pouvoir livrer et apporter l’ensemble des pièces détachées appropriées. Agora a été justement créée à cet effet. Il s’agit d’un site internet qui recense l’ensemble des produits et fournit en lien direct avec les fournisseurs, plus de 3 000 réparateurs clients. « Nous sommes en capacité de leur livrer plus de deux millions de pièces détachées disponibles, explique Gilles Bonnin, le Président d’Agora, et membre du groupe Candy-Hoover, nous devons aussi leur proposer un service. Ce dernier tient dans la mise en ligne de fiches techniques sur l’ensemble des produits répertoriés ». Les marques l’ont bien compris. Donner la possibilité à leurs clients de pouvoir réparer leur produit renforce leur image auprès de ces derniers. Tout est donc fait dans ce sens. Seb par exemple s’est engagé à conserver pendant dix ans après l’achat de l’un de ses appareils datant de 2012, l’ensemble des pièces détachées. « Nous disposons donc de plus de 5 500 pièces en stocks, précise Alain Pautrot, le Directeur de la satisfaction consommateurs de chez Seb. Le seul problème auquel nous devons faire face est le déclassement de nos stocks et leur niveau qui à terme peuvent couter très chers. Mais avec l’arrivée de l’imprimante 3D, il sera possible de fournir sans limites des pièces d’appareils anciens sans aucun problème et sans surcout prohibitif », tranche-t-il. La vague des objets connectés va également permettre aux fabricants d’identifier plus rapidement une panne ce qui rendra là encore la réparation plus évidente.

La réparation, une vertu durable, aux accents sociaux

L’action de réparer de vieux appareils n’a rien de neuf, même si le phénomène de mode prend un tournant bien plus marquant ses cinq dernières années. Envie a été fondé à Strasbourg dans ce but, il y a trente et un an. A l’époque plusieurs grands distributeurs d’électro-ménagers et Emmaüs s’étaient mis d’accord pour collecter des produits défectueux ou inaptes à la consommation du  marché du neuf. En réparant des objets mis hors circuit, et en faisant appel à des personnes en réinsertion sociale, en leur offrant un emploi et une qualification, Envie remplissait donc deux objectifs à la fois social et écologique. Rien que l’an dernier 495 000 tonnes d’appareils électro-ménagers ont été collectées, en progression de 9 % par rapport à l’année précédente. Grâce au concours des eco-organismes, des particuliers qui souhaitent se débarrasser d’un appareil ou encore des circuits de distribution l’association loi 1901 Envie collecte, trie, puis répare et réinsère ces produits dans un circuit annexe. Grâce à leurs ateliers de réparation, à leurs magasins attenants, l’ensemble du réseau a permis d’écouler près de 86 000 produits l’an dernier, soit 0,5 % de l’ensemble des GEM. Envie est implantée à Limoges depuis vingt ans. Au total deux cents personnes ont été accueillies dans ces structures, et le taux de réussite est encourageant car la capitale du Limousin affiche 83 % de réinsertion sur l’ensemble de ses salariés l’an passé, soit par formation qualifiante ou en retrouvant un emploi à la fin des deux ans de présence dans l’association. « La vente de nos produits nous a permis de dégager un chiffre d’affaires de 400 000 euros l’an dernier ce qui fait une moyenne de 30 000 euros par mois, explique le responsable du site envie de Limoges Eric Penicaut. Il est clair que nous devons être appuyés et aidés aussi par les collectivités territoriales et par le reversement d’une partie des impôts ». A Limoges comme dans d’autres centres Envie, les appareils sont garantis un an pièce et main d’œuvre. Grâce à ce système, un grand nombre de foyers défavorisés, des étudiants, ou des personnes clairement engagées dans une démarche de développement durable peuvent s’équiper à moindre coût. « Nos prix sont moitié moins chers que dans la grande distribution spécialisée », relève le responsable du site de Limoges Eric Penicaut. En règle générale, les tarifs varient entre 30 et 60 % du prix affiché par les enseignes classiques.