Imprimer

La fédération des acteurs du réemploi - RCUBE : Vers un nouvel éco-organisme ?

le 16 janvier 2019.

20190116 Rcube

Le 15 novembre dernier, la Fédération du réemploi, RCube tenait son assemblée générale. Ce fut l’occasion pour Benoît Varin, Président, de réaffirmer la vocation et les ambitions de cette fédération.  « Nous ne sommes pas un éco-organisme, nous ne pouvons pas dire que nous le sommes, car cela est structuré et cadré par la réglementation ». Pour lui, le réemploi est peu ou mal pris en compte par les éco-organismes existants, il est donc urgent de réfléchir à la place du réemploi dans le système d’éco-organisme actuel. Le projet est soutenu par Mathieu Orphelin, député européen.  La démarche est-elle utopique ou réaliste, c’est ce que nous allons tenter de démêler avec vous, chers lecteurs.

La Fédération du réemploi fut créée en 2014. Elle fête donc aujourd’hui sa 4e année. Mais avant de poursuivre la narration de cette belle aventure, il convient de définir ce qu’est le réemploi qu’il ne faut surtout pas confondre avec le recyclage. Le recyclage implique la destruction du produit et sa réincarnation en un autre. Par exemple, le bois des meubles est broyé fournissant ainsi des particules qui, réintroduites avec d’autres, servent de matière première à la fabrication d’un meuble nouveau. Le réemploi intervient avant la destruction du produit et permet l’allongement de sa durée d’utilisation, voire même de lui faire connaître une deuxième vie. Ce dernier est en quelque sorte remis à neuf et relancé sur le marché. Ceci est bien explicité dans le nom même de RCube qui peut également se lire R au cube, soit Réduction (des déchets), Réemploi et Réutilisation. Comme le rappelle, Pascal Durand, eurodéputé, le réemploi s’inscrit dans la nouvelle économie circulaire à l’encontre de celle des produits jetables, qui détruit la planète. Le réemploi lutte également contre l’obsolescence programmée et est donc bénéfique pour le consommateur. Outre le réemploi, RCube s’est donné pour mission de « renforcer les acteurs par l’échange de bonnes pratiques » et « d’accompagner l’innovation ». Multiplier par 5 le nombre de membres en 3 ans, tel est l’objectif ambitieux de Benoît Varin. Ils partirent 30 ; mais par un prompt renfort, ils se virent 150 !..

Pour l’instant, l’association compte 30 membres, ils devraient être 150 en 2020/2021. Le CA représenté aujourd’hui est de 200 millions d’euros, il atteindra 2 milliards en 2020. Ceci permettra de dégager un budget pour réaliser les 12 travaux d’RCube (voir encadré) de 250 000 euros (contre 30 000) aujourd’hui.
« Si nous atteignons ce chiffre », révèle le Président, « Nous créerons 20 000 emplois ». N’oublions pas que les emplois ainsi générés s’ancrent dans l’économie locale et ne sont pas délocalisables.
Mais, d’ores et déjà, des questions se posent. Pour l’instant, RCube compte des membres de divers horizons (téléphonique, meubles, informatique, assurance, recyclage, etc.). Compte tenu de l’origine du Président Benoît Varin, également Directeur associé de Re-commerce, société spécialisée dans le reconditionnement de téléphone portable, la téléphonie est très présente chez RCube. Cette fédération du réemploi deviendra-t-elle petit à petit celle de la téléphonie ou pourra-t-elle être représentative également d’autres branches comme le meuble ? A noter que, compte tenu des ambitions de Re-commerce dans le domaine du reconditionnement et des études en cours sur d’autres équipements dont l’outillage électroportatif, il est probable que d’autres lignes de produits soient amenées à se développer au sein de RCube. Rappelons que Re-commerce a levé 50 millions d’euros entre auprès du groupe Mulliez (Auchan, Adéo, etc.) pour développer son métier de reconditionneur de téléphones et lui permettre d’étudier l’éventualité d’évoluer vers d’autres produits.
Dans ce cas, quid des relations avec les éco-organismes déjà existants ? Seront-ils concurrents ou, à contrario, travailleront-ils ensemble ? D’ores et déjà Eco-mobilier et Eco-systèmes rappelle que le réemploi fait partie de leurs missions. Eco-systèmes collabore avec Emmaüs et Envie pour recréer des produits d’électroménager et Eco-mobilier travaille déjà avec des membres de RCube. En ce qui concerne la téléphonie, plutôt l’apanage d’Ecologic, ils étaient présents à la manifestation.
Benoît Varin semble très ouvert sur cette question et n’exclut pas de pouvoir intégrer les éco-organismes, ce qui ne l’empêche pas, nous allons le voir, d’étudier la manière dont un éco-organisme du réemploi pourrait voir le jour. Bref, tout se décidera au cas par cas.

Les moyens

Tout d’abord pour développer le réemploi, il faut de la place pour reconditionner les produits. C’est ainsi que RCube vient de participer à la signature d’un bail avec Plateau Urbain de 5 ans avec un espace de 17 000 m2 à Antony (92). D’ores et déjà 7 000 m2 sont loués.
Pour mieux faire reconnaître, l’utilité du réemploi dans l’économie circulaire, une étude est en cours concernant l’impact de cette activité sur l’émission de CO2.
Aujourd’hui, les produits issus du réemploi sont garantis 6 mois (notamment sur l’électrodomestique). Mais, pour Benoît Varin, il faut aller plus loin et faire reconnaître des labels de qualité.
Il faut également le faire savoir et pour cela multiplier des campagnes de lobbying. L’objectif est de bien ancrer l’idée du réemploi dans les instances nationales. « Il faut favoriser les investissements dans les filières sectorielles », martèle Benoît Varin.

Modifier le cadre de la réglementation

RCube veut développer du lobbying pour modifier le cadre règlementaire du réemploi. Pour cela, il faut allez à Bruxelles. C’est ainsi qu’en février 2019, naîtra la Fédération Européenne du Réemploi. Les Etats Généraux du réemploi et de la Réparation se tiendront à la Cité Universitaire Internationale le vendredi 24 mai.
Par ailleurs, en février, il faudra traduire en une directive européenne, la Feuille de Route de l’Economie Circulaire (la Frec). Vaste chantier !
Plus prosaïquement, RCube milite pour que des pièces détachées génériques (et pas seulement d’origine) puisse être disponible moins cher et ainsi réduire les coûts du réemploi. En effet, ce point est important car il pénalise les coûts des produits remis sur le marché. L’association souhaite une TVA réduite à 5,5 % sur les réparations et une baisse de l’assise du taux de TVA pour le reste.
Enfin, il serait judicieux de donner un statut aux déchets, ce qui permettrait précisément de savoir ce qu’est véritablement un déchet et faciliterait les discussions ultérieures.

Créer un éco-organisme ?

Pour réaliser cet ambitieux programme, il faut des financements. Benoît Varin suggère, dans un premier temps qu’une partie des éco-contributions récupérées par les éco-organismes, soient dirigées vers le réemploi. Mais, il veut aller plus loin. Il souhaiterait que RCube réfléchisse à la manière donc un éco-organisme du réemploi pourrait intervenir à part entière. Là, bon nombre de questions se posent. Tout d’abord, comment pourra-t-il être à la fois partenaire des éco-organismes et leur concurrent ? Ensuite, rappelons que le réemploi fait déjà partie des missions des éco-organismes. Enfin, la procédure d’agrément accordée par le Ministère de l’Ecologie est longue et complexe. Les agréments reposent sur des objectifs précis jusqu’à présent accordés par filières. Rappelons que le positionnement de RCube est d’être tous produits.
Enfin, et ce n’est sans doute pas le moindre, ce nouvel éco-organisme obtiendrait-il une « Visible Fi » ? C’est à dire l’autorisation que l’éco-participation soit clairement mentionnée sur le produit ? En effet, lorsque ce point est acquis, il empêche le distributeur de négocier l’éco-participation avec les fabricants comme une remise. Sans « Visible Fi », ce sont généralement les fabricants qui supportent le coût de l’éco-participation. Evidemment, Re-commerce ne serait sans doute pas d’accord. Or, les « Visibles Fi » ne sont octroyées que lorsqu’il existe un stock ancien de produits à l’état de déchets. Mais comme, dans le réemploi, ils ne sont pas encore en fin de vie, cela peut-il fonctionner ?
Mathieu Orphelin, député européen, conclut : « Ce sont les professionnels qui doivent sensibiliser les politiques. Ces derniers doivent comprendre le nouveau monde qui émerge et qui est radicalement différent de l’ancien ».

Bref, chers lecteurs, nous n’avons pas fini de vous narrer la formidable saga du réemploi. A bientôt sur nos lignes.•

20181210 aod1