20180227 houseware
Imprimer

Le DAB, nouveau geste pour la radio

Écrit par Jeffrey Bevilacqua le 16 février 2018.

20180216 DAB


De g. à d. : Jean-Eric Viatti (Président des Indés Radios), Nicolas Curien (Conseiller du CSA), Antoine Baduel (Président FG Radio et présentateur de l’Assemblée), Emmanuel Boutterie (Président du SNRL), Laurent Brochet (Fondateur Radio Pitchoun) et Alain Liberty (Président du SIRTI).


En Europe, notamment, la radio FM est en train de s’essouffler peu à peu pour laisser place à la RNT (Radio Numérique Terrestre). Pourtant, la France est encore timide quant à l’utilisation de cette forme de radio. C’est le constat qui a été fait le 7 novembre, à Paris, lors de l’Assemblée WorldDAB.

En 2011, seulement quatre pays européens étaient concernés par le marché de la RNT (Radio Numérique Terrestre). Aujourd’hui, c’est la moitié de l’Europe qui s’intéresse à cette nouvelle forme de radio et la France ne déroge pas à la règle. Considérée comme étant la TNT de la radio, la RNT est en train de remplacer peu à peu la FM, la radio traditionnelle, en Europe. Également appelée le DAB (Digital Audio Broadcasting), la puissance nouvelle de la RNT était présentée lors d’une conférence, qui se tenait à Paris, le 7 novembre. Cette assemblée, qui change de pays chaque année, était organisée par WorldDAB, et réunissait plus d’une centaine de participants, venant des quatre coins du globe (30 nations représentées). WorldDAB a pour rôle de coordonner toutes les RNT, les conseiller, mais surtout de faciliter leurs implantations dans les pays. « L’objectif du DAB est d’avoir sa propre plate-forme », déclare Patrick Hannon, Président de WorldDAB. « Une vague de la radio numérique se déplace à travers l’Europe ».
Cette vague est certes imposante, mais ce n’est pas encore le raz-de-marée escompté. Pourtant, le DAB+ (version améliorée du DAB, retenu pour diffuser en France) présente de nombreux avantages face à la radio FM. Tout d’abord, sa qualité sonore est meilleure, puisqu’elle est plus claire et surtout sans interférence. Même durant un long voyage sur l’autoroute, par exemple, la RNT fonctionne sans grésillement.
« La RNT offre l’opportunité à des radios locales de se développer, grâce à de nouveaux territoires, et donc, de nouveaux auditeurs », déclare Alain Liberty, Président du SIRTI (Syndicat Interprofessionnel des Radios Indépendantes). Cela renforce la pluralité médiatique et cela devrait continuer, car le nombre de RNT est bien plus large que le nombre de radios analogues. Toutes ses radios sont appelées par leur nom, elles n’ont plus de fréquence comme pour la FM.
Tout comme la radio classique, la RNT est complètement gratuite. Il suffit juste d’acheter un poste compatible avec la norme DAB+. Sur ces derniers, un écran peut être installé, ce qui permettra aux utilisateurs de bénéficier de textes informatifs, d’images ou même de vidéos, en rapport avec le thème évoqué par la radio.

La France en retard

Si une partie de l’Europe a pris le virage du DAB il y a quelques années, la France est restée sur l’autoroute de la radio FM. « Le DAB+ est à une phase clé, car ce service est en plein développement », déclare Nicolas Curien, conseiller du CSA (Conseil de Sécurité de l’Audiovisuel). Aujourd’hui, moins de 20 % de la population française peut avoir accès à la RNT, puisqu’elle ne couvre que trois villes : Paris, Marseille et Nice. De nouveaux services vont être mis en place l’année prochaine à Lyon, Lille et Strasbourg. « Seulement 19 % des Français sont couverts par le DAB+, c’est trop peu », estime Emmanuel Boutterie, Président du SNRL (Syndicat National des Radios Libres). « Il faut dialoguer avec les constructeurs automobiles pour intégrer des postes de radio compatibles avec le DAB+, directement dans les voitures ». Aujourd’hui, seulement 19 % des nouvelles voitures intègrent des postes compatibles. À titre de comparaison, ce chiffre monte à 87 % au Royaume-Uni et à 98 % en Norvège.
Le CSA prend donc des mesures afin de développer la RNT dans l’hexagone. En 2016, l’institution avait établi un calendrier des charges s’étalant jusqu’en 2023. Mais face à la pression des acteurs de la RNT, et surtout face à son développement très rapide en Europe, le CSA a réduit le temps qu’il se donne pour atteindre ses objectifs. À la fin de l’année 2020, les 30 plus grandes villes de France devraient être équipées. Après Lyon, Lille et Strasbourg, c’est l’axe Rouen-Le Havre qui pourra bénéficier du DAB+, tandis que la zone Bordeaux-Toulouse est actuellement à l’étude. Les trois villes pionnières vont connaître des ajustements afin de garder la RNT le plus à jour possible.
En France, où 81,2 % des habitants écoutent la radio quotidiennement (en 2015 selon Médiamétrie), la voiture est le lieu le plus propice. En effet, 48,7 % des auditeurs privilégient l’automobile pour consommer ce média. C’est pourquoi le CSA a pour objectif de déployer la RNT sur les grands axes autoroutiers. « Je crois en ce projet, à condition que cela se fasse vite et bien, via des tests et une viabilité économique », affirme Nicolas Curien. « Notre stratégie s‘inscrit dans une logique de continuité. Elle est adaptée à la France ».

Des exemples à suivre…

Au même titre que la France, d’autres pays sont en développement du DAB. C’est le cas en Asie (l’Indonésie, la Thaïlande ou le Koweït), en Afrique (l’Afrique du Sud et la Tunisie) et en Europe (l’Autriche, la Hongrie ou la Bulgarie). C’est dans ce dernier que la RNT est la plus implantée. La Norvège est d’ailleurs le pays du DAB+ par excellence. En début d’année, un « plan de transition vers le tout numérique » était mis en place. Il s’achèvera en décembre. Le pays scandinave a donc d’ores et déjà arrêté la radio analogique (FM). En 2020, la Suisse sera le 2e pays à prendre cette mesure. Le Royaume-Uni devrait être le suivant.
« La radio classique ne connaît quasiment plus d’innovation. La population se tourne donc vers la radio numérique », affirme Willi Steul, ancien Directeur Général de Radio Deutschland. C’est par ces mots qu’il explique l’engouement du gouvernement allemand autour de la RNT. 96 % de la population de l’Allemagne est couverte par le DAB+. Même si ce chiffre est très élevé, il ne lui permet pas de figurer sur le podium européen. La Norvège est leader avec 99,7 % de la population couverte, suivie de la Suisse (99,5 %), du Danemark (98 %) et du Royaume-Uni (97,3 %). Pour rappel, le taux de la population couverte en France est de 19 %. Mais ce chiffre est encourageant puisqu’en 2013, il ne s’élevait qu’à 5 %.

… en Europe et ailleurs

Sur les réseaux routiers, le Royaume-Uni est quasiment parfaitement équipé. 47 000 km de routes sont couverts par le DAB+, contre “seulement” 12 700 km en Allemagne, alors que les deux pays ont une superficie proche. À son échelle, la Norvège et ses 7 500 km couverts font également partie des bons élèves, tout comme les Pays-Bas (4 800 km).
Paradoxalement, même si tout est en place pour accueillir la RNT dans leur pays, les Allemands ne l’ont pas complètement adopté. En effet, seulement 15 % d’entre eux sont équipés d’un récepteur DAB/DAB+. Une nouvelle fois, la Norvège est leader, puisque 78 % de la population est en mesure d’écouter la RNT. Avec seulement cinq métropoles impliquées, l’Australie touche 65 % de la population et 45 % des Australiens sont équipés d’un récepteur. Dans le monde, plus de 60 millions d’appareils DAB+ ont été vendus.
Si le DAB+ est en train de s’implanter de plus en plus en France, notre pays a encore du retard, sur une dizaine d’états européens. La France cherche donc à prendre exemple sur les Pays-Bas, le Royaume-Uni et l’Allemagne, qui ont amené le DAB+ dans leur pays de la bonne manière. Les dirigeants français souhaitent surtout s’inspirer des campagnes de communication très réussies de nos voisins allemands et néerlandais. Les Pays-Bas avaient lancé une grande campagne télévisuelle et l’Allemagne a, en mai dernier, créé une campagne à la télévision, à la radio, en ligne et dans les journaux, avec une charte graphique définie et efficace. La RNT ne fait que commencer et nous n’avons pas fini d’en entendre parler. Avant de l’entendre parler, comme la radio FM le fait depuis 63 ans.•