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Connected Day : Le commerce connecté méritait bien sa journée

Écrit par Jeffrey Bevilacqua le 5 avril 2018. Rubrique Commerce Ubiquitaire

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Les start-ups et le commerce connecté étaient mis à l’honneur, le 23 novembre, au campus de l’EDHEC, à Croix. Lors du Connected Day, le commerce connecté a été exposé sous toutes ses formes.

Les allées du campus de l’EDHEC Business School étaient exceptionnellement pleines, en ce 23 novembre 2017. Habituellement remplies d’étudiants, elles ont vu la moyenne d’âge de leur fréquentation augmenter quelque peu durant 12 heures. Le taux de passage a lui aussi dû gagner quelques points. A Croix (59), une ville située à 8 kilomètres de Lille, où la population totale (21 000 habitants environ) n’est pas beaucoup plus élevée que la population du campus de l’EDHEC, était organisé le Connected Day. Pour sa première édition, l’événement voit les choses en grand. Cinq conférences, la présence de conférenciers prestigieux, de start-ups déjà primées lors de concours, un campus aménagé et des partenaires reconnus.
Le but de cette journée est de mettre en valeur les start-ups qui travaillent pour et avec les retailers. Une dizaine d’entre elles ont répondu à l’appel des organisateurs de l’événement et se massent, elles aussi, dans les allées de l’université. « Nous sommes ici pour rencontrer de nouvelles personnes », explique Aurélie Daveau, Responsable de la communication de Octipas, une start-up présente lors de l’événement. « Cette journée peut aussi nous apporter une visibilité supplémentaire ».
Au milieu de toutes ces start-ups, un “intrus” tient un stand. Partenaire de l’événement, mais aussi de l’école, Boulanger est en première ligne du salon. Une présence naturelle, pour Eric Tissot, RH de la marque française : « Notre vocation est d’accompagner les jeunes et de faire revivre la production, ce qui est parfaitement en adéquation avec cette journée », explique-t-il. « Le Connected Day est pour nous l’occasion de rencontrer les élèves. Si ces derniers adhèrent à notre projet, nous serons très satisfaits ». Entre les élèves et l’enseigne d’électroménager, le courant a toutes les raisons de passer.

Michel-Édouard Leclerc, Président de la journée

L’évènement débute à 11 h, peut-être pour permettre aux non matinaux de ne pas arriver en retard. En effet, la journée commence fort puisqu’une conférence intitulée « Quel avenir pour le commerce physique face à l’ambition sans limites d’Amazon ? » ouvre la journée. Le mot d’ordre de cette table ronde est « réconciliation ». Si la concurrence fait rage entre les pure players et les magasins physiques, les deux s’associent de plus en plus, comme Steinhoff et ShowRoomPrivé, par exemple. « Le groupe Steinhoff a racheté Conforama (et d’autres enseignes en Pologne et aux USA), il est devenu également distributeur. Je dois souligner que sa présence sur tous les fronts lui confère un avantage remarquable, tant au niveau des marchés que des prix », reconnaît, Thierry Petit, PDG de showroomprivé.com.
Face à lui, Michel-Édouard Leclerc, PDG de l’entreprise qui porte son nom, est conscient de l’intérêt pour les pure players de racheter un magasin physique : « En reprenant des mortars (magasins physiques), un click (pure player) acquiert des valeurs qui offrent de nouvelles promesses aux consommateurs », explique-t-il.
Devant les 700 visiteurs, d’autres sujets ont été évoqués par les deux entrepreneurs renommés. « Le problème pour les sites Internet qui entrent dans un groupe de magasins physiques, c’est leur taille. Ils sont trop petits pour pouvoir peser sur les décisions », clame Thierry Petit. « Pour moi, ce n’est pas une question de taille. Pour avoir une part de voix, il faut savoir exprimer sa différence », lui répond Michel-Édouard Leclerc. Là où les deux hommes tombent d’accord, c’est sur la question du digital. Les deux chefs d’entreprise sont conscients de la nécessité d’adopter une “Digitale attitude”. « D’ici 2020, nous voulons réaliser 10 % de notre chiffre d’affaires grâce à nos outils digitaux », conclut le PDG de Leclerc.
Pour ouvrir le bal, cette conférence a marqué les esprits. « C’était vraiment très bien, je suis fan du personnage », déclare une visiteuse, à propos de Michel-Édouard Leclerc. Une fois la première étape de cette journée terminée, l’heure est au déjeuner. Un cocktail préparé avec soin vient rassasier les centaines de participants à cette journée, juste avant une après-midi plus que riche.

Un programme pour tous

Membres d’une start-up, étudiants, exposants ou entrepreneurs, toutes sortes de visiteurs sont présents. Le Connected Day a donc veillé à concocter un programme pour tous les gouts. Une trentaine de tables, réparties sur deux espaces, permettent des rendez-vous 1-to-1 (face à face). « Je suis venu pour m’informer sur les nouveautés, c’est important d’être toujours à jour. Pour cela, les start-ups sont idéales », déclare un visiteur du salon, qui travaille dans une entreprise d’affichage pour les évènements sportifs. « Notre objectif est d’être le lien entre les solutions connectées et les retailers, qui peuvent s’y perdre », annonce Elizabeth Decoster, Directrice marketing de l’Institut du Commerce Connecté, organisateur de l’événement. « L’objectif est atteint, puisque plus de 200 rendez-vous 1-to-1 ont eu lieu ».
Une dizaine de start-ups accueillent, tout au long de l’après-midi, les plus curieux. ContentSquare, Arcane, Sparkow, Teemo, et bien plus encore, toutes sont présentes pour apporter une nouvelle solution aux retailers. Conexance, par exemple, est une start-up qui anticipe les achats futurs des consommateurs, afin de leur envoyer de la publicité ciblée. Laure Python, Chef de projet digital chez Meteors, qualifie son entreprise de “spécialiste de la data”. Les données leur offrent quatre activités différentes, qui ont toutes pour but de réconcilier les besoins des clients avec les marques. En tout, c’est 16 start-ups et autant de visions différentes qui sont exposées au Connected Day.
À l’étage inférieur, le LAB est installé. C’est un concentré de start-ups, qui exposent des solutions un peu différentes de ce qui se fait dix marches plus haut. Une fois passé sur le tapis rouge puis l’arche, installée pour l’occasion, il est possible de découvrir huit entreprises. Cloudera se vante d’être la “caféine des data” quand Digitaleo transmet tous types d’offres commerciales à une base clients bien spécifique. Improveeze, Magency, Orange Business Services, Stimshop, Synergiz et Tiendeo sont également présents dans le LAB, avec toutes leurs spécificités.

Tous les angles du commerce connecté

L’IA (intelligence artificielle), le commerce expérientiel ou l’internet des objets au service du commerce connecté sont des sujets qui concernent les retailers. « L’IA est la capacité d’un ordinateur à effectuer des tâches complexes, habituellement  accomplies par l’Homme », définit Christophe Verley, Directeur de la transformation digitale chez Adeo. « Il faut la programmer grâce aux data, mais désormais, nous en attendons plus ». En effet, dorénavant, le but des chercheurs est de créer des IA qui ont une base d’apprentissage. L’objectif est désormais qu’une IA puisse s’autogérer et s’adapter aux éventuels changements (nouveaux produits, habitudes des clients, etc.), de manière autonome. Ces évolutions sont possibles grâce aux données.
Les IA ont également comme rôle le tri des données. « Chez nous, l’IA sélectionne le chemin de livraison parmi des milliards de milliards de combinaisons possibles », annonce Luke Jensen, PDG de Ocado (entreprise qui effectue des livraisons de produits alimentaires). L’IA prenant énormément de facteurs en compte (la concurrence, les saisons…), les prévisions de ventes évoluent et deviennent plus précises.
Parmi ses plus-values, l’IA a aussi une fonction de détection d’e-mail. Elle sépare les messages positifs et des messages négatifs, afin de faciliter la tâche aux vendeurs dans leur réponse et ainsi leur offrir un gain de temps. Mais l’intelligence artificielle est encore perfectible. Beaucoup d’entreprises se sont lancées dans la création d’un chatbot (une messagerie qui répond automatiquement en fonction de la question d’un client). « Les chatbots performants, c’est très rare », assure Vincent Heuschling, PDG de Affini-Tech. « D’ici 3 à 4 ans, ils devraient être réussis ». Nul doute que dans quelques années, les évolutions de l’IA seront considérables. « C’est l’avenir », selon Vincent Heuschling.

Le commerce expérientiel, une réelle tendance

Le commerce expérientiel, c’est également l’avenir. Ce terme définit le fait de créer des expériences en magasin afin de vendre un produit. « Attention au terme expérience, car cela sous-entend de faire quelque chose d’extraordinaire », nuance tout de suite George Duarte, Directeur chez Ux In Situ, une entreprise qui réorganise des magasins pour les rendre plus attractifs. « Faire quelque chose d’incroyable n’est pas nécessaire pour combler les visiteurs ». Selon lui, la clé pour convaincre un client de se déplacer est le renforcement de ses interactions avec le produit et le vendeur, tout en leur offrant (au consommateur et au vendeur) plus de liberté. Par exemple, en encaissant directement un client avec une tablette, sans passer par la caisse, le personnel en magasin est plus disponible et peut donc accomplir ses autres tâches, qui apportent une plus grande valeur ajoutée au magasin.
Les magasins Apple, Lush et Sonos sont des exemples parfaits. Chez le premier, le client est complètement libre, il n’a pas à faire la queue puisqu’il paye directement avec le vendeur. Ce dernier, dans un magasin Lush, est formé pour tester tous les produits qui sont exposés dans un espace dédié. Enfin, dans le magasin Sonos de New York, le vendeur emmène le client dans une pièce acoustique et le laisse seul, afin de lui offrir une complète liberté. « Le rôle des magasins expérientiels va au-delà de la vente de produits », explique Daniel Broche, Directeur chez Boulanger. « Ils font la promotion de toute une marque ».
« Il faut chasser les irritants », clame George Duarte. Pour cela, les magasins peuvent utiliser des objets connectés, comme les tablettes qui servent de caisse, par exemple. Grâce à la réalité augmentée, les clients d’Atol peuvent se visualiser avec toute la gamme de lunettes proposée par l’opticien. « Nous mettons en place des magasins complètement connectés et modulables », partage Eric Plat, PDG d’Atol. « Ils génèrent une croissance supérieure de 6 à 10 %, par rapport à nos autres magasins ». Le commerce expérientiel n’est donc pas un effet de mode.

“C’est comme si nous élevions un enfant”

Au même titre que le commerce expérientiel, les objets connectés sont une tendance en vogue chez les retailers. Ils sont de plus en plus utilisés dans le commerce. « Nous pouvons connecter n’importe quel objet, nous pouvons donc en faire ce que nous voulons », déclare Olivier Sauvage, PDG de Wexperience. Il est estimé qu’en 2020, un foyer comportera huit objets connectés, en moyenne. Au même titre qu’un foyer, une voiture peut être de plus en plus connectée. Cette année, des pneus connectés ont été lancés. Ils permettent d’avertir le conducteur lorsque ceux-ci sont usés et sont susceptibles de crever.
D’autres objets connectés peuvent être mis au service du commerce. La Google Home, nouvelle trouvaille du géant américain, a bon nombre de fonctions. Elle peut notamment géolocaliser des magasins, donner leurs caractéristiques (ouverture, fermeture…) et établir une liste de course en temps réel. « Il faut saisir l’opportunité que nous offre l’IA pour l’implanter dans le commerce. Actuellement, nous n’en sommes qu’au premier stade. C’est comme si nous élevions un enfant de quatre ans », conclut Olivier Sauvage. Il ne fait aucun doute que l’utilisation des objets connectés arrivera à maturité.

Les start-ups (encore) mises à l’honneur

Cette journée, placée sous le signe du commerce connecté et des start-ups, termine sur un concours réservé aux… start-ups qui s’investissent dans le commerce connecté. Présidé par Michel-Édouard Leclerc, le jury consacre cinq entreprises, qui ont su convaincre par leur imagination, leurs innovations et leur viabilité. ReachFive est sacrée “start-up de l’année”, Dress in the City et Kairos Fire sont les co-vainqueurs du prix “jeune pousse”, Wing est “l’espoir à l’international” et BrandBirds remporte le “prix du public”. « Cette journée a commencé en beauté, elle finit de la même manière », déclare Jérôme Gayet, Président de l’Institut de Commerce Connecté.
Il est alors 20 h 30. Les allées de l’EDHEC viennent de vivre une journée animée. Il est désormais l’heure pour elles de se vider, peu à peu. Dès demain, elles retrouveront leur routine faite d’étudiants et de professeurs. En attendant l’année prochaine. « Nous allons réorganiser cet événement, très probablement à Lille », annonce Elizabeth Descoster. Cette journée a démontré que le commerce connecté regorge d’idées et de fraicheurs. Ce n’est pas pour rien que la France est “la nation start-up”. Ce surnom a de beaux jours devant lui. Le commerce connecté aussi. l