20191003 elica banner

Articles

Imprimer

KPMG : L’innovation en question

le 14 août 2019. Rubrique Enquêtes/Reportages

20190824 KPMG

Qu’est-ce que l’innovation ? Innove-t-on aujourd’hui plus qu’hier ? Dans un monde où tout change quel est son rôle ? Quelle est sa place dans une société plus collaborative ? Comment la mettre en œuvre ? Il faut écouter, rassembler des compétences, pratiquer le bench marking (regardez ce que font les autres secteurs), toutes les solutions existent déjà quelque part. Il suffit de toujours se poser la question du “how” (comment). Bref, il faut se réinventer et faire preuve d’imagination. Les acteurs qui ne se posent pas la question des futurs usages ou services risquent de disparaitre d’ici à 5 ans. N’oubliez pas que l’innovation produit ne représente que 20 % de l’innovation, il convient de penser à tout le reste, services, communication, les champs d’innovation sont immenses. Quels seront les impacts de la raréfaction des matières premières sur l’industrie de l’électroménager ? Quel modèle économique pour ce secteur d’ici à 5 ans ? Bref, autant de questions auxquelles Michel Paolucci, Maitre ès Innovation et Directeur associé du cabinet KPMG répond avec brio, passion et faconde.

Confortique Magazine : Qui êtes-vous, Michel Paolucci ?
Michel Paolucci (KPMG) : J’ai créé le Mouvement d’Open Innovation au sein du cabinet KPMG en France avant de le diffuser au plan international. KPMG est une belle entreprise, centenaire, aujourd’hui mondiale. Elle est née en Europe, elle est très présente en France avec près de 250 implantations. Elle s’intéresse à tous depuis le plus petit pâtissier aux entreprises du CAC 40. Nous travaillions pour toutes les formes d’entreprises : start up, éco-systèmes, Fabs Labs (au plan mondial) et pour les plus grandes multinationales. KPMG ne compte pas moins de 200 000 collaborateurs. Elle couvre toutes les fonctions, tous les métiers et bien évidemment celui de l’électrodomestique.

Confortique Magazine : Existe-t-il une définition de l’innovation ?
Michel Paolucci (KPMG) : Elle est dans tout et en tous. L’innovation, c’est transformer de la connaissance en valeur économique et humaine. Pour cela, il faut vouloir du progrès humain. C’est probablement parce que nous avons oublié d’innover pour créer du bien-être que notre société se cherche au plan mondial. Au niveau de l’entreprise, l’innovation en est le moteur. Sans elle, elle est morte. Cela est encore plus vrai aujourd’hui qu’hier à cause des défis importants de notre société, des renversements sociétaux, de l’internationalisation, etc. L’innovation est donc obligatoire !

Confortique Magazine : L’innovation est certes obligatoire, mais ne représente-t-elle pas également un saut dans l’inconnu ? Or, les entreprises ont plutôt tendance à être conservatrices. D’ailleurs, leur financier n’aime pas les risques.
Michel Paolucci (KPMG) : La peur n’évite pas le danger ! L’innovation nécessite d’être entreprenant. Mais n’est-ce pas la définition même d’une entreprise ? Comparons l’entreprise à un tonneau. Si le tonneau n’est pas rempli régulièrement avec de l’innovation, seule capable d’apporter de la richesse neuve, il va vite se vider et l’entreprise épuisera ses ressources. Dès lors, elle tentera de faire des économies et jouera sur le back-office. Or, et c’est une règle que les financiers méconnaissent souvent, faire des économies sur les achats est moins important (et rapporte moins) que développer le front office : les ventes et l’innovation.

Confortique Magazine : Que faut-il faire pour innover ?
Michel Paolucci (KPMG) : Il faut savoir sortir du cadre. En pratique, les entreprises, surtout les PME sont très isolées. Cela les met en risque car l’efficacité vient de l’interaction avec d’autres. Ceux qui croient qu’ils peuvent tout faire, seuls dans leur coin, risquent de voir soudainement arriver dans leur secteur des concurrents, qui viennent d’ailleurs et qu’ils n’avaient pas prévus (Uber pour les taxis, Airbnb pour l’hôtellerie, etc.). Mais sortir du cadre équivaut souvent à se mettre en danger et nous voyons là, la quadrature du cercle. Si elle n’innove pas, l’entreprise est morte, mais se mettre en position d’innovation peut la mettre en danger.
Confortique Magazine : La mise en place de cette culture de l’innovation impacte toutes les strates de l’entreprise.
Michel Paolucci (KPMG) : Oui, ne pensons plus marketing comme dans les années 70. Nous sommes dans un monde très concurrentiel, très interactif, très international. Il faut donc être plus agile que ses concurrents, mettre en mouvement toute l’entreprise et chacune de ses fonctions.

L’innovation n’a pas fait faire de progrès sur le plan sociétal

Confortique Magazine : L’innovation a-t-elle fait faire des progrès à l’humanité ?
Michel Paolucci (KPMG) : Pas autant que cela eut dû être possible sur le plan sociétal. Dans les années 1880-1910, l’innovation était faite pour le progrès humain. La France, et plus particulièrement Paris, était le centre du monde. Tous les pays nous prenaient en exemple. Où en sommes-nous 100 ans plus tard ? Le revenu moyen (pour 90 % de ma population) était le même qu’aujourd’hui. En 1910, la législation imposait de ne pas travailler plus de 8 heures par jour considérant qu’une journée devait se diviser en 8 heures de travail, 8 heures de sommeil, 8 heures pour soi. Aujourd’hui, le temps pour s’occuper de soi a largement régressé surtout dans les zones urbaines où l’on passe 3 à 4 heures dans les transports !

Confortique Magazine : L’innovation est-elle plus performante aujourd’hui qu’hier ?
Michel Paolucci (KPMG) : Probablement mais moins bien orientée ! Aujourd’hui, 80 % des projets d’innovation dans le monde sont des échecs. Alors, qu’en 1910, à périmètre constant, 60 % étaient des réussites !
De ce fait, les entreprises aussi étaient plus pérennes. En 1910, vous aviez environ 100 entreprises qui étaient basées sur des “valeurs et produits”. Ce sont celles-là qui sont toujours là en 2018.

Confortique Magazine : Pourtant l’innovation a résolu de nombreux problèmes.
Michel Paolucci (KPMG) : L’innovation a un seul sens, elle doit être synonyme de progrès humains. Il y a 30 ans, je travaillais dans la Silicone Valley. Nous avons inventé un grand nombre de technologies pour résoudre quantité de problèmes mais nous sommes toujours incapables de désengorger Paris ! Nous faisons moins bien que la nature qu’il nous suffit d’observer !

L’innovation produit ne représente que 20 %

Confortique Magazine : Comment distinguer les fausses innovations des vraies ?
Michel Paolucci (KPMG) : Comment inventer un bon produit ? En écoutant les clients, les fournisseurs, l’environnement, les collaborateurs, etc. Il faut être également capables de s’inspirer de ce que les autres font dans d’autres secteurs. L’innovation foisonne car plus les technologies se multiplient, plus l’intelligence se développe.

Confortique Magazine : Changer juste un modèle d’un produit, constitue-t-il encore de l’innovation ?
Michel Paolucci (KPMG) : Oui, sans conteste.

Confortique Magazine : Il est difficile de trouver des innovations de rupture tous les jours.
Michel Paolucci (KPMG) : Evidemment, il faut savoir aussi se contenter de créer des innovations incrémentales mais qui vous permettent de gagner des parts de marché.

Confortique Magazine : L’innovation n’est-elle que produit ?
Michel Paolucci (KPMG) : Bien sûr que non ! L’innovation produit ne représente pas plus de 20 % de toutes les innovations, il faut penser Usage avant tout.

Confortique Magazine : Mais elle est essentielle ?
Michel Paolucci (KPMG) : Oui, le produit est fondamental. C’est lui qui crée de la valeur. Le produit innovant crée aussi l’usage. Il faut le bon produit aujourd’hui.

80 % de l’innovation ne concerne pas le produit

Confortique Magazine : L’innovation est, par essence, multiforme. Quels types d’innovations faut-il rechercher ?
Michel Paolucci (KPMG) : Quel que soit le secteur d’activité, nous retrouvons trois grandes constantes : le produit, le service, la distribution. Telle est base du marketing définie par P. Kotler dans les années 60. Rien n’a changé dans le fond, la technologie permet juste d’aller plus vite. L’innovation concerne tous ces items.

Confortique Magazine : Avez-vous des exemples ?
Michel Paolucci (KPMG) : L’innovation peut s’appliquer aux produits ou aux services (marketing, merchandising, logistique, mode de distribution, de commercialisation, etc.). Pour cela, il faut beaucoup observer à la fois ses clients, mais aussi le consommateur final. Le succès d’une entreprise vient de sa capacité de mettre en résonnance son produit ou son service avec sa cible. N’oublions pas non plus, l’innovation digitale. Vous pouvez apporter des solutions digitales pour gérer une relation, une expérience client différente, etc.
N’oublions pas par ailleurs d’écouter nos collaborateurs et de faire évoluer par l’innovation la culture, le People.

Confortique Magazine : De nouveaux modèles économiques sont en train de naitre.
Michel Paolucci (KPMG) : Exact. L’innovation peut d’abord porter sur le fait d’inventer un modèle économique. Pour cela les PME sont plus agiles et savent mieux remettre le consommateur au centre du jeu en n’oubliant pas que le consommateur veut tout, tout de suite et moins cher. C’est ainsi que le modèle Uber a été inventé. Toutefois, il est peu probable qu’il soit viable sur le long terme (il va devoir se réinventer aussi) car il est impossible d’uberiser la société.

Confortique Magazine : Quoi d’autre ?
Michel Paolucci (KPMG) : Les matériaux ont-il suffisamment évolués pour devenir source d’innovation ? De nouveaux besoins se font-ils jour auprès des consommateurs ? Ou encore réinventer la supply chain, l’expérience client, la culture de la confiance People, etc. Autant de questions qu’il est du ressort des industriels de se poser.

Confortique Magazine : Les starts-up sont-elles des sources d’innovation ?
Michel Paolucci (KPMG) : Elles peuvent apporter des idées nouvelles. Elles fleurissent en France, et c’est bien car elles bousculent les systèmes établis, mais elles vont devoir apprendre à passer d’un rôle de Fournisseur de Grands Comptes à Partenaires de Grands Comptes sans oublier les PME et les ETI.

Confortique Magazine : L’innovation peut-elle faire naitre de nouveaux concurrents ?
Michel Paolucci (KPMG) : Bien souvent, vos vrais concurrents ne sont pas ceux que vous croyez. Par exemple, sur la supply chain celui qui saura parfaitement optimiser une market place où le consommateur attend des produits mais souhaite aussi en envoyer aura pris une longueur d’avance sur tous les autres.

L’innovation concerne aussi la communication

Confortique Magazine : Aujourd’hui les médias changent. La communication aussi.
Michel Paolucci (KPMG) : Bien sûr. La communication est l’un des 4P du marketing mix, ce dernier régissant la relation client depuis 1970. Par exemple, faire intervenir des blogueurs dans la communication, voilà qui est malin et original. Même des secteurs, très avancés en termes de maturité marketing n’y ont pas pensé. N’oubliez pas qu’en 2019, YouTube sera le premier réseau social du monde. L’innovation en matière de communication peut également inclure le sponsoring sportif.

Confortique Magazine : Les sportifs ont le vent en poupe.
Michel Paolucci (KPMG) : Tout d’abord, la coopération avec un sportif redynamise la motivation de l’ensemble du personnel : il leur montre qu’il faut toujours être le premier en haut de la côte ! Ensuite, c’est un accélérateur fabuleux de notoriété pour votre produit. Enfin, ils sont souvent plus désintéressés qu’il n’y paraît. Ils incarnent l’excellence, c’est essentiel.

Confortique Magazine : L’évolution du digital est une grande source d’innovation.
Michel Paolucci (KPMG) : Il induit des transformations profondes d’entreprises, celle par exemple, de la supply chain, l’expérience client, la distribution. Mais ne perdons pas de vue l’humain qui doit rester au cœur de tous ces dispositifs.

Confortique Magazine : La multiplication des moyens de communication ne dilue-t-elle pas l’impact de la communication ?
Michel Paolucci (KPMG) : Grâce au monde numérique, qui touche tous les secteurs d’activité, nous retrouvons une forme d’authenticité. En effet, nul ne peut plus se permettre de raconter n’importe quoi sur les réseaux sociaux sous peine d’être immédiatement démenti.

Confortique Magazine : Les fabricants peuvent-ils redorer leur image ?
Michel Paolucci (KPMG) : Les fabricants, grâce à leurs territoires industriels, incarnent la réalité et le terroir.

Confortique Magazine : Comment doivent-ils communiquer ?
Michel Paolucci (KPMG) : Le maitre mot, c’est l’authenticité. La communication marketing ne peut être impactante chez un citoyen et un consommateur que si elle traduit la réalité de l’entreprise.

Le consommateur pense d’abord usage

Confortique Magazine : Sur quoi faut-il s’appuyer pour penser innovation ?
Michel Paolucci (KPMG) : Le produit incarne toujours un usage. Il faut arrêter de vendre simplement un produit et bien comprendre que le consommateur pense d’abord usage.

Confortique Magazine : En pratique, le champ de l’innovation est très vaste. Comment une PME peut y faire face ?
Michel Paolucci (KPMG) : Au contraire, l’internationalisation digitalisée et la coopération sont des opportunités pour les PME, en dépit de leur taille, de rétablir les équilibres face aux grands comptes, aux PME d’en prendre conscience et de s’organiser en ce sens

Confortique Magazine : Cela veut-il dire que les industriels doivent plus sous-traiter ?
Michel Paolucci (KPMG) : Sans aucun doute. Ils doivent passer d’une logique de faire à celle de faire-faire. Bien souvent, en France, quel que soit le secteur d’activité, les process industriels sont obsolètes. De ce fait, leurs coûts de production ne sont pas optimisés.

Innovation et taille d’entreprise

Confortique Magazine : En fonction de leur taille, toutes les entreprises adoptent-elles les mêmes processus d’innovation ?
Michel Paolucci (KPMG) : La PME qui réalise 10 à 30 millions de CA ne peut pas réfléchir de la même manière que le grand groupe dont le CA se compte en milliards. Elle n’a ni les mêmes moyens ni la même structure. Si elle adoptait les process des grands groupes, elle mourrait.

Confortique Magazine : Quel est son modèle ?
Michel Paolucci (KPMG) : J’ai été patron d’une entreprise industrielle. C’était une PME. Nous n’étions que 50 personnes. Et pourtant lorsque j’investissais 100 euros, j’autorisais 80 % d’échecs (des produits véritablement lancés). Ce qui est important, ce n’est pas le montant de l’investissement, mais l’agilité de l’entreprise.

Grands groupes : il faut mettre sa tête sur la table !

Confortique Magazine : Accepter d’avoir 80 % d’échec, c’est possible dans une PME. En revanche, c’est impossible dans une grande société. Imaginez la réaction des milliers de salariés, sans oublier les dirigeants et les actionnaires !
Michel Paolucci (KPMG) : Dans un grand groupe, comme dans toute entreprise, si vous voulez des résultats, il faut accepter d’assumer les risques que vous faites prendre. Il y a 18 mois j’ai proposé le projet Hello Open World, Open Innovation à mon Président. Il s’est enquis de mes besoins et m’a questionné sur la rentabilité que j’ai été incapable de lui chiffrer. En revanche, je lui ai demandé 18 mois. Au bout de ce laps de temps, si le projet ne fonctionnait pas, j’en assumais les conséquences. Il a accepté, mais était, au départ, quasi le seul à me suivre, les 9 000 en France devaient être conquis, certains étaient même tout-à-fait contre. J’ai commencé à leur démontrer que les clients adhéraient à ce projet. Au bout de 6 mois, j’avais convaincu une centaine d’associés (sur 450). Mais, c’est comme lorsque vous faites du vélo, la pente n’était pas facile à monter, il pleuvait, il neigeait, le vent soufflait de face, mais il fallait avancer. Aujourd’hui, le projet est en passe de réussir et plein de gens s’y rallient. Voilà, rien de technologique dans cette démarche, juste du courage.

Confortique Magazine : Quel budget faut-il prévoir pour innover ?
Michel Paolucci (KPMG) : N’oublions pas la règle des 1, 10, 100. Lorsque vous mettez 1 euro sur un projet technique, il vous coûte 10 euros pour le développement industriel et 100 euros pour les frais commerciaux et de lancement.

Confortique Magazine : Une fois que vous aurez innové, il vous faudra vendre votre produit. Là, le filtre de la distribution est important, car elle aussi a peur de prendre des risques.
Michel Paolucci (KPMG) : Il n’est pas facile, pour une PME industrielle, d’arriver à concilier les attentes d’un consommateur exigeant, celles de la distribution qui ne le sont pas moins avec ses propres moyens. Pour que tous soient gagnants, il faut que la distribution y mette du sien.

How – Comment, la pierre angulaire de l’innovation

Confortique Magazine : Pourquoi ce nom ?
Michel Paolucci (KPMG) : Parce que la première question qui se pose en matière d’innovation, ce n’est pas sa nécessité (là-dessus tout le monde est d’accord) mais sa faisabilité : “Comment ?”. Ensuite, il faut partager, d’où le H pour Humain. Notre mouvement est phygital, physique parce que la relation humaine est indispensable et digitale parce que si voulez regrouper des connaissances de la planète entière, il vaut mieux de faire en digital, sauf à passer sa vie dans les avions.

Confortique Magazine : La question des nouveaux outils du commerce pose la question de l’innovation.
Michel Paolucci (KPMG) : Vous êtes beaucoup plus intelligents ensemble. L’intelligence collective est le cœur du sujet. Il faudra apprendre à travailler en coopération, ce n’est pas une chose simple. C’est la première réforme à envisager dans les entreprises. Il faut valoriser l’intelligence collective, sans avoir peur des autres. A contrario des pays anglo-saxons ou asiatiques, les salariés ont plus confiance en eux et donc dans les autres. Ils échangent donc mieux. En résumé, quel que soit le secteur d’activité, l’innovation collaborative doit être au cœur des débats.

Confortique Magazine : Comment est-ce que cela fonctionne ?
Michel Paolucci (KPMG) : Il faut tout d’abord rassembler des gens très différents : des PME, des starts-up, des entreprises du CAC 40, des “venture capitaux” (pour financer les opérations), mais également des assureurs, des banquiers, des industriels de l’automobile, de l’aéronautique, de la défense, tous les secteurs d’activité, des retailers, etc. Bref, il convient de réunir des gens qui possèdent de la connaissance, mais ont nécessairement conscience de l’apport des autres. De plus, ils vivent dans des mondes cloisonnés. Ensemble, ils peuvent développer de nouveaux business modèles. En septembre, nous ouvrirons cet Open Innovation d’abord en France et ensuite dans tous les pays où KPMG est présent.

Confortique Magazine : En pratique comment faut-il innover ?
Michel Paolucci (KPMG) : Tout d’abord, il ne faut pas se lancer seul dans l’innovation. C’est l’assurance de perdre du temps et de l’argent. Ensuite, il faut savoir sortir du cadre. L’usage, la forme des produits sont-ils immuables ?

Confortique Magazine : Mais comment faire ?
Michel Paolucci (KPMG) : Pour cela, il faut d’abord vous entourer d’équipes compétentes car seul vous n’arriverez à rien. Il faut que l’entreprise se mette en mode coopératif. C’est une condition nécessaire, mais pas suffisante.

Confortique Magazine : L’innovation, selon votre définition, va requérir de gros besoins en formation.
Michel Paolucci (KPMG) : La formation est l’enjeu clé, encore davantage aujourd’hui où la technologie peut dans certains cas détruire des emplois répétitifs à faible valeur ajoutée. Former les salariés, c’est aussi les respecter. Si vous n’avez pas le respect des salariés, bien souvent, vous n’aurez pas celui des clients. Pour cela, il faut des valeurs. Le monde n’a pas changé, il s’est juste internationalisé et va un peu plus vite. Certes, il y a le foisonnement des technologies, mais finalement la technologie c’est basique : 0 ou 1, alors que l’être humain est émotion, plaisir, liberté, volonté, partage.

L’innovation vient souvent d’ailleurs

Confortique Magazine : A combien de temps faut-il penser l’innovation ?
Michel Paolucci (KPMG) : Il faut raisonner en pensant loin mais avec des objectifs court et moyen terme, pas au-delà de 3 ans car le monde change à une vitesse folle. En 3 ans, vos produits risquent de connaitre plus d’évolutions qu’ils ne l’ont fait durant les 40 dernières années. Je pense également que les innovations majeures qui changeront l’usage ne viendront pas du monde de l’électrodomestique.

Confortique Magazine : Des exemples ?
Michel Paolucci (KPMG) : De nouveaux métiers vont apparaître. L’énergie et la mobilité vont constituer deux facettes importantes de la nouvelle économie. La voiture de demain n’aura plus rien à voir avec celle d’aujourd’hui. Il y a également la smart city où le citoyen sera véritablement au cœur du sujet, sans oublier les collectivités locales qui vont devoir trouver des solutions car elles n’ont plus de ressources. Mais cela concerne tout et partout, Life Science, Environnement, Retail, luxe…

Confortique Magazine : Qui possède le plus de chance face au changement : la PME plus agile ou le grand groupe plus puissant ?
Michel Paolucci (KPMG) : La bonne nouvelle, c’est que PME et grands groupes sont à armes égales face à l’innovation. Ni les uns ni les autres n’ont les moyens de s’endormir sur leurs lauriers. Même si vous vous appelez Amazon ou Google, vous pouvez avoir disparu si vous ne suivez pas le mouvement, voir ne le précédez pas. C’est ainsi qu’ils ont créé des situations de rupture et qu’aujourd’hui, ils rachètent des magasins physiques. N’oubliez pas qu’ils sont très riches : par exemple Google possède le budget de l’Europe !

Les consommateurs vont investir dans l’usage

Confortique Magazine : Comment voyez-vous l’évolution du métier de l’électrodomestique ?
Michel Paolucci (KPMG) : Les filières vont se recomposer. Elles vont devoir raisonner par besoin vertical ce qui agrègera de nouveaux métiers.

Confortique Magazine : C’est-à-dire ?
Michel Paolucci (KPMG) : Par exemple, dans l’électrodomestique, l’assistant personnel gérera tout dans la maison.

Confortique Magazine : La commercialisation des produits sera donc différente ?
Michel Paolucci (KPMG) : Oui, car nous partirons de l’usage. Le consommateur n’achètera plus un produit mais son usage. Ainsi, il pourra, pour quelques euros par mois, disposer d’une machine à laver. Le consommateur ne va plus investir dans des produits.

Confortique Magazine : Il va donc falloir repenser les produits ?
Michel Paolucci (KPMG) : Oui, leur durée de vie devra être plus longue. A ce phénomène s’ajoutera la raréfaction des matières premières qui, elle aussi, plaidera pour des produits plus durables.

Confortique Magazine : Effectivement, la raréfaction des matières premières va poser problème. Avons-nous un plan B ?
Michel Paolucci (KPMG) : En 200 ans, nous avons consommé 80 % des réserves de la planète. Dans 50 ou 100 ans, tout au plus, nous n’aurons plus de pétrole. Comment faire ? Il est logique de penser que nous pourrons exploiter la mer qui recèle d’immenses richesses, ou d’autres espaces. La nature et l’homme ont toujours su faire face, ayons confiance en nous.

Distribution : vive la proximité

Confortique Magazine : Comment voyez-vous l’évolution de la distribution ? Et du consommateur ?
Michel Paolucci (KPMG) : pour se replacer au centre du jeu, attention il va même en profiter en voulant Tout, tout de suite et pas cher, cela a une limite. Par ailleurs, pensons à éduquer nos jeunes, nos enfants. Ils n’ont pas pris conscience du problème de l’intégrité des données personnelles sur internet et de leur utilisation. Mais cela viendra. D’ici 5 à 10 ans, les jeunes imposeront aux grands acteurs de se comporter de façon bienveillante.

Confortique Magazine : Ils reviendront vers les magasins physiques ?
Michel Paolucci (KPMG) : Oui, mais pas n’importe lesquels. Par exemple, je pense que le rôle des centres commerciaux va largement évoluer en devant se repenser complètement. Il ne s’agit pas d’opposer Physique et digitale, mais la cohabitation des 2 va largement faire évoluer le positionnement des centres physiques. Les consommateurs vont revenir vers la proximité. La relation humaine est la clé. L’existence même du vendeur sera perçue comme un service. Mais attention, il s’agit d’une nouvelle proximité qui devra savoir livrer. Cela va être la pierre angulaire du succès. Et pourquoi pas le Drive chez soi ?

Confortique Magazine : Comment cela fonctionnera-t-il ?
Michel Paolucci (KPMG) : Les commerçants posséderont des lieux de stockage en dehors de la ville.

Confortique Magazine : Les commerçants sauront-ils s’adapter ?
Michel Paolucci (KPMG) : La technologie n’est pas contradictoire avec la proximité. Bien au contraire. Elle aidera à maitriser la logistique du dernier kilomètre : vélo, Uber, drone, tous les moyens seront bons pour une livraison très rapide.

Confortique Magazine : Que deviendront nos grandes surfaces spécialisées ?
Michel Paolucci (KPMG) : Il est probable qu’elles noueront des alliances avec les petits spécialistes de proximité. D’ailleurs, le phénomène a déjà commencé.

Confortique Magazine : Donc dans ce monde en mouvement, la seule certitude est que tout change tout le temps et que les métiers sont à réinventer. l