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5G, sécurité numérique, copie privée… : L’Afnum est sur tous les fronts

le 21 août 2017. Rubrique Enquêtes/Reportages

20170821 AFNUM

En juin 2015, les industriels des télécoms, des réseaux, des terminaux, de l’électronique grand public, de la photographie et des objets connectés prenaient acte de la convergence numérique de plus en plus poussée de leurs métiers en fédérant leurs différents syndicats au sein de l’Afnum, l’alliance française des industries du numérique. Deux ans plus tard, les dossiers se bousculent pour l’alliance qui défend les positions communes du secteur vis-à-vis des pouvoirs publics et des consommateurs, et ce dans un contexte d’explosion du numérique. Déploiement de la 4G, arrivée de la 5G, protection des données personnelles, généralisation de l’internet haut débit sur tout le territoire… Stéphane Elkon, Délégué général, et Pascal Chevallier, Délégué général adjoint, font le point sur quelques-uns de ces sujets « chauds ».

Confortique : Comment se positionne l’alliance française des industries du numérique par rapport à la Fieec ?

Stéphane Elkon : L’Afnum réunit les acteurs de ce que nous appelons le « socle » numérique, c’est-à-dire tous les matériels qui participent au fonctionnement du numérique. Cela va des réseaux aux appareils photo en passant par les téléviseurs et les objets connectés. L’Afnum fait partie de la Fieec, qui a une couverture beaucoup plus large puisqu’elle rassemble 22 syndicats professionnels à la fois des matériels électriques et électroniques et des communications. Pour autant, le champ d’action de l’Afnum dépasse ce seul socle matériel. Nous avons développé une plateforme de réflexion qui guide nos actions et nous sommes animés par une même logique : rendre le socle numérique performant, sécurisé et disponible sur l’ensemble du territoire français. Nous sommes mobilisés autour de ce message : nos industries sont aujourd’hui indispensables au bon fonctionnement de l’écosystème numérique français et à son développement. Depuis deux ans, nous voyons tous les jours l’intérêt d’agir ensemble, en cohérence, sur ces sujets.
 
Confortique : Quels sont les grands enjeux pour lesquels vous vous mobilisez ?

Stéphane Elkon : Ils sont nombreux : le cadre réglementaire du développement des réseaux numériques en France ; les impacts de l’IoT sur les réseaux ; la neutralité de l’internet ; l’anticipation des migrations technologiques de la réception audiovisuelle ; la cybersécurité et ses conséquences sur les matériels ; la gestion des ressources en fréquences ; les migrations technologiques des réseaux fixes, mobiles, de télé et radio diffusion ; l’évolution de la bande des 700 MHz ; l’avènement de l’UHD ; les programmes sociétaux ; le soutien à l’innovation… Sur le déploiement de la 5G, par exemple, le calendrier européen prévoit une commercialisation en 2020, plus ou moins deux ans, avec un pré-lancement en 2018-2019. Nos industriels doivent donc anticiper les nouvelles générations de technologies et l’impact de la 5G sur le déploiement de l’internet des objets, des applications 3.0, de la voiture autonome, l’e-santé, etc.

Pascal Chevallier : Un autre exemple de sujet qui nous mobilise est la nouvelle directive européenne RED (2014/53/UE). Cela concerne la mise sur le marché des tous les équipements radioélectriques, c’est-à-dire pratiquement tous nos produits : téléphones, téléviseurs, appareils photo avec fonctionnalités GPS intégrées, etc. Elle s’applique depuis le 13 juin 2017, mais toutes les normes harmonisées nécessaires n’ont toujours pas été publiées au Journal Officiel de l’Europe. L’Europe a pris du retard alors que la France est à l’heure sur sa transposition. Or pour mettre nos produits sur le marché, nous devons nous assurer qu’ils soient parfaitement conformes aux normes qui s’appliquent en Europe et donc en France. Nous sommes en faveur de règles plutôt européennes que franco-françaises, car le fait de conformer nos produits uniquement pour la France a des répercussions sur les coûts. L’absence d’un certain nombre de normes harmonisées aura également un impact sur les processus de certification des produits et donc les coûts et/ou la disponibilité des produits.

Stéphane Elkon : D’autres spécificités françaises causent des prix plus élevés. C’est le cas de la copie privée qui nous préoccupe aussi depuis plusieurs années. Cette redevance, destinée à l’origine à compenser le manque à gagner des ayants droit dû aux copies de leurs œuvres par des particuliers, nous oblige à vendre nos supports plus cher en France, le surcoût peut être d’une dizaine d’euros pour un smartphone et d’une trentaine d’euros sur un disque dur. Cela rapporte plus de 220 M€ par an aux ayants droit. Comme cette perception est plus élevée que partout ailleurs en Europe, cela favorise le marché gris. Or cette taxe a été créé à l’ère de l’analogique, depuis on est entré dans l’ère de la dématérialisation. Il faudrait réexaminer les barèmes appliqués.

Pascal Chevallier : La photo est un autre enjeu pour nous. Même si l’âge d’or du passage de l’argentique au numérique est passé, ce secteur reste très dynamique et est tiré vers le haut par les passionnés de photo, de plus en plus nombreux. Les réseaux sociaux, le développement du direct image et de la réalité virtuelle stimulent ce marché. Grâce aux smartphones, la base d’utilisateurs s’est élargie. Aujourd’hui tout le monde prend des photos au quotidien. Beaucoup de jeunes, à un moment, passent à des technologies supérieures, un reflex, un hybride ou un compact expert, pour faire de meilleures photos.

Stéphane Elkon : Nous avons aussi un gros chantier autour de la sécurité et de la protection des données personnelles. Le règlement européen en matière d’identité électro­nique et la loi du 7 octobre 2016 pour une République numérique ont posé un certain nombre de principes. Cela va au-delà de notre champ d’action puisque le texte traite aussi de la défense des systèmes d’information de l’Etat, de la cybersécurité, de la protection des entreprises ou de la formation des citoyens. Tous les décrets d’application n’ont pas encore été publiés et, d’autre part, d’autres règlements européens sont à l’étude. Pour ce qui nous concerne, notre tâche est de promouvoir le security design (la prise en compte de la sécurité lors du développement de nos produits) qui va dans le sens de la confiance numérique. C’est difficile parce que la technologie évolue. Les laboratoires informatiques travaillent déjà sur des ordinateurs quantiques capables de déchiffrer en moins d’une seconde les clés cryptographiques les plus complexes qui sont aujourd’hui quasi impossibles à cracker. Donc c’est une course permanente à la protection, nos industries sont concernées par tout cela. Nous suivons toutes les initiatives dans le domaine de la sécurité des données, par exemple la blockchain.

Pascal Chevallier : Nous sommes très vigilants quant aux règlements à venir : il ne faudrait pas que ce soit comme la directive RED qui s’est étendue à tellement de produits qu’elle finit par pénaliser le marché. On ne peut pas demander le même niveau de sécurité à un tracker d’activité, à un thermostat électronique ou à un terminal de paiement bancaire. Il faut que les règles soient adaptées à la diversité d’usage des produits numériques.

Stéphane Elkon : Nous nous sommes mobilisés sur une autre loi, la loi Abeille sur l’exposition aux ondes électromagnétiques (NDLR : Laurence Abeille est la députée rapporteur de cette loi votée en février 2015). Les autorités sanitaires confirment l’absence d’effet avéré pour la santé. Pour autant, les pouvoirs publics ont souhaité adopter des mesures, à l’exemple de cette loi. En tant que représentant d’entreprises responsables, nous ne contestons pas cette approche, à condition de ne pas faire de la France un territoire à part, avec ses propres normes, ce qui nuirait notamment à la libre circulation des équipements en Europe, voire dans le monde.•